{"id":80,"date":"2016-02-28T23:04:10","date_gmt":"2016-02-28T22:04:10","guid":{"rendered":"http:\/\/psychologuebrest.fr\/blog\/?p=80"},"modified":"2016-10-08T10:52:51","modified_gmt":"2016-10-08T09:52:51","slug":"du-coup-une-expression-fautive-ou-symptomatique","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/psychologuebrest.fr\/blog\/du-coup-une-expression-fautive-ou-symptomatique\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Du coup\u00a0\u00bb, une expression fautive ou symptomatique ?"},"content":{"rendered":"<p>Nous avons lu dans les journaux, sur quelques blogs ici ou l\u00e0, que la locution adverbiale \u00ab\u00a0du coup\u00a0\u00bb avait envahi l&rsquo;usage contemporain en langue fran\u00e7aise. L&#8217;emploi en serait la plupart du temps fautif. Une \u00e9coute psychanalytique de cette locution si couramment employ\u00e9e rend un avis nuanc\u00e9. Si nous nous sommes massivement habitu\u00e9s \u00e0 dire \u00ab\u00a0du coup\u00a0\u00bb, ce peut \u00eatre pour des raisons autres : ce ne serait pas par simple mim\u00e9tisme, du fait d&rsquo;une vulgarit\u00e9 d&rsquo;usage g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e (qui en d\u00e9cide ?), ou la simple manifestation d&rsquo;une b\u00eatise qui serait devenue commune \u00e0 tous les locuteurs de langue fran\u00e7aise. La langue a ses raisons que l&rsquo;usage \u00ab\u00a0distingu\u00e9\u00a0\u00bb ignore&#8230; Commen\u00e7ons\u00a0l&rsquo;enqu\u00eate.<\/p>\n<p>Que dit l&rsquo;Acad\u00e9mie Fran\u00e7aise sur son site ?<\/p>\n<p>\u00a0\u00bb La locution adverbiale <em>du coup\u00a0<\/em>a d&rsquo;abord \u00e9t\u00e9 employ\u00e9e au sens propre :\u00a0<em>Un poing le frappa et il tomba assomm\u00e9 du coup.\u00a0<\/em>Par la suite, on a pu l&rsquo;utiliser pour introduire la cons\u00e9quence d&rsquo;un \u00e9v\u00e9nement : <em>Un pneu a \u00e9clat\u00e9 et du coup la voiture a d\u00e9rap\u00e9.\u00a0<\/em>\u00a0Mais ainsi que le dit\u00a0<em>Le Bon Usage<\/em>, il exprime \u00ab\u00a0l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une cause agissant brusquement\u00a0\u00bb et \u00e0 sa valeur cons\u00e9cutive s&rsquo;ajoute donc une valeur temporelle traduisant une quasi simultan\u00e9it\u00e9.\u00a0<em>Du coup<\/em> est alors tr\u00e8s proche\u00a0<em>d&rsquo;aussit\u00f4t<\/em>. On ne peut donc pas employer syst\u00e9matiquement\u00a0<em>du coup<\/em>, ainsi qu&rsquo;on l&rsquo;entend souvent, en lieu et place de\u00a0<em>donc<\/em>,\u00a0<em>de ce fait<\/em>, ou\u00a0<em>par cons\u00e9quent.<\/em> On \u00e9vitera \u00e9galement de faire de\u00a0<em>du coup<\/em> un simple adverbe de discours sans sens particulier.<\/p>\n<p>On dit :\u00a0<em>Il a \u00e9chou\u00e9 \u00e0 l&rsquo;examen. De ce fait, il a d\u00fb le repasser l&rsquo;ann\u00e9e suivante.<\/em><\/p>\n<p>On ne dit pas :\u00a0<em>Il a \u00e9chou\u00e9 \u00e0 l&rsquo;examen. Du coup, il a d\u00fb le repasser l&rsquo;ann\u00e9e suivante.<\/em>\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>L&rsquo;exemple donn\u00e9 par les acad\u00e9miciens est parlant : \u00e9chouer \u00e0 un examen est p\u00e9nible&#8230; En apprendre la nouvelle peut g\u00e9n\u00e9rer une \u00e9motion brusque ; et repasser l&rsquo;examen l&rsquo;ann\u00e9e suivante peut affecter au point d&rsquo;avoir le sentiment de le faire <em>sous le coup <\/em>de l&rsquo;\u00e9motion p\u00e9nible ressentie. L&rsquo;usage g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 de cette locution manifeste-t-elle un \u00e9tat de <em>choc<\/em> de la population ? Nous en formulons l&rsquo;hypoth\u00e8se. Ces derni\u00e8res ann\u00e9es, l&rsquo;usage du \u00ab\u00a0choc\u00a0\u00bb a \u00e9t\u00e9 revendiqu\u00e9 par les politiques : le \u00ab\u00a0choc\u00a0\u00bb de simplification administrative, le \u00ab\u00a0choc\u00a0\u00bb de comp\u00e9titivit\u00e9&#8230;<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9coute de la locution \u00ab\u00a0du coup\u00a0\u00bb employ\u00e9e massivement met en \u00e9vidence que ce n&rsquo;est ni faute de go\u00fbt ni incomp\u00e9tence linguistique qui la font tinter plusieurs fois par jour \u00e0 nos oreilles mais, bien au contraire, le g\u00e9nie de la langue, de cette langue parl\u00e9e par des millions de locuteurs : nous disons \u00ab\u00a0du coup\u00a0\u00bb avec une telle fr\u00e9quence car nous sommes chaque jour choqu\u00e9s (\u00ab\u00a0impact\u00e9s\u00a0\u00bb) par des nouvelles tragiques, par des annonces politiques terrifiantes, par de nouvelles formes d&rsquo;asservissement. Faudrait-il, au nom d&rsquo;un \u00ab\u00a0bon usage\u00a0\u00bb de la langue, arr\u00eater de les d\u00e9noncer, cesser de dire \u00ab\u00a0du coup\u00a0\u00bb, et, <em>du m\u00eame coup<\/em>, participer \u00e0 une forme de censure ? Nous ne le pensons pas. Chacun a ses raisons de parler \u00e0 sa fa\u00e7on. Ecouter ce que dit la langue, celle employ\u00e9e par le plus grand nombre \u00e9galement, participe d&rsquo;un travail de psychanalyste. Mais \u00e9couter vise bien \u00e0 lever la censure, non \u00e0 y contribuer.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Brest, 28 f\u00e9vrier 2016.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Copyright, Y-M Bouillon.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nous avons lu dans les journaux, sur quelques blogs ici ou l\u00e0, que la locution adverbiale \u00ab\u00a0du coup\u00a0\u00bb avait envahi l&rsquo;usage contemporain en langue fran\u00e7aise. L&#8217;emploi en serait la plupart du temps fautif. 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