{"id":38,"date":"2015-05-10T22:38:55","date_gmt":"2015-05-10T21:38:55","guid":{"rendered":"http:\/\/psychologuebrest.fr\/blog\/?p=38"},"modified":"2016-10-08T10:05:24","modified_gmt":"2016-10-08T09:05:24","slug":"dialoguer-une-autre-facon-dhabiter-quelque-part","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/psychologuebrest.fr\/blog\/dialoguer-une-autre-facon-dhabiter-quelque-part\/","title":{"rendered":"Dialoguer : une autre fa\u00e7on d&rsquo;habiter quelque part"},"content":{"rendered":"<p align=\"JUSTIFY\">Le d\u00e9m\u00e9nagement est souvent, dans la vie d&rsquo;une personne, enfant ou adulte, l&rsquo;occasion de remaniements psychiques profonds. Certains sociologues consid\u00e8rent qu&rsquo;il faut trois mois pour se remettre d&rsquo;un d\u00e9m\u00e9nagement. Cela nous para\u00eet court&#8230; Un an (le temps que soient pass\u00e9es toutes les saisons) nous para\u00eet le minimum. Comme si la sortie de cet autre corps qu&rsquo;est le logement, pour investir un nouveau lieu nous ramenait de fa\u00e7on irr\u00e9pressible \u00e0 notre premier grand d\u00e9m\u00e9nagement&#8230; Quand nous sortons du corps maternel pour entrer dans la famille humaine, ce sont d&rsquo;abord des bras, des corps (parentaux), des v\u00eatements, des draps, un berceau qui nous attendent, puis un lieu qui nous accueille enfin : une chambre, elle-m\u00eame sise dans un appartement ou une maison. Notre mod\u00e8le de soci\u00e9t\u00e9 est fond\u00e9 sur la s\u00e9dentarit\u00e9. Les mots le disent assez : <i>immeuble, demeure, maison, r\u00e9sidence<\/i> ont des significations li\u00e9es \u00e0 l&rsquo;identit\u00e9, \u00e0 la stabilit\u00e9, \u00e0 la permanence, voire \u00e0 l&rsquo;immobilit\u00e9.<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Nous ne cessons de quitter une enveloppe pour une autre (ne serait-ce qu&rsquo;entre le travail et chez soi), mais l&rsquo;id\u00e9al impos\u00e9 collectivement reste un id\u00e9al s\u00e9dentaire. Libre \u00e0 chacun d&rsquo;y adh\u00e9rer ou non, en fonction de ses d\u00e9sirs, de ses opportunit\u00e9s. Les personnes dites \u00ab\u00a0sans domicile fixe\u00a0\u00bb souffrent de ce refus par le corps social de leur offrir un lieu \u00e0 la fois fixe et capable de s&rsquo;adapter \u00e0 leur pr\u00e9carit\u00e9 \u00e9conomique, parfois \u00e0 leur vuln\u00e9rabilit\u00e9 psychique. Nous avons mis en place depuis des milliers d&rsquo;ann\u00e9es une organisation sociale liant intrins\u00e8quement la notion d&rsquo;intimit\u00e9 psychique \u00e0 celle d&rsquo;habitat : avoir un chez soi offre la possibilit\u00e9 d&rsquo;y tenir son jardin secret, de garder son quant-\u00e0-soi. Mais cette intimit\u00e9 psychique est mise \u00e0 mal depuis l&rsquo;irruption dans la vie quotidienne des t\u00e9l\u00e9communications, t\u00e9l\u00e9phone, internet, etc. Et nous d\u00e9couvrons alors \u00e0 notre propre surprise que notre intimit\u00e9 psychique devrait dans l&rsquo;id\u00e9al pouvoir \u00eatre cr\u00e9\u00e9e partout, si nous trouvons si difficile de la retrouver m\u00eame chez soi&#8230; Les habitats contemporains commencent \u00e0 s&rsquo;y m\u00e9prendre \u00e0 ressembler \u00e0 des <i>open space<\/i> : cuisines ouvertes, fen\u00eatres du sol au plafond, baies vitr\u00e9es toujours plus grandes au nom d&rsquo;un chauffage par le soleil&#8230;<\/p>\n<p align=\"JUSTIFY\">Si le chez soi est attendu comme devant offrir une intimit\u00e9, mais que celle-ci est malmen\u00e9e par l&rsquo;intrusion du monde ext\u00e9rieur via les m\u00e9dias et les technologies modernes de communications, quelle opportunit\u00e9 nous reste ? Parler, \u00e9couter, penser&#8230; parfois en silence ; parfois seul, ou \u00e0 deux ; l&rsquo;intimit\u00e9 d&rsquo;une conversation priv\u00e9e, au foyer ou ailleurs, d&rsquo;une conversation sans technologie associ\u00e9e, devient de plus en plus un luxe. Le geste de \u00ab\u00a0couper son portable\u00a0\u00bb (expression \u00e9trange, qui n&rsquo;aurait pas eu de sens il y a trente ans), pour aviser autrui qu&rsquo;on se rend pleinement disponible pour se parler, manifeste pr\u00e9cis\u00e9ment qu&rsquo;il n&rsquo;est plus de lieu <i>a priori<\/i> \u00e9chappant totalement \u00e0 l&#8217;emprise collective. Sauf \u00e0 se faire confiance, \u00e0 faire confiance \u00e0 autrui, sans garantie technologique \u00e0 la clef&#8230; <i>Habiter quelque part<\/i>, \u00e0 l&rsquo;\u00e9poque des t\u00e9l\u00e9communications invasives, <i>habiter <\/i>au sens o\u00f9 l&rsquo;on investit un lieu de ses \u00e9motions et de ses attentes, de son attention et de son temps, de son \u00e9coute, pourrait d\u00e9j\u00e0 se vivre dans le temps consacr\u00e9 \u00e0 quelqu&rsquo;un dans une conversation. Le dialogue vivant est un des lieux possibles o\u00f9 vivre ensemble.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\" align=\"JUSTIFY\">Yves-Marie Bouillon, Psychologue clinicien.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\" align=\"JUSTIFY\">10 Mai 2015, Copyright Bouillon.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le d\u00e9m\u00e9nagement est souvent, dans la vie d&rsquo;une personne, enfant ou adulte, l&rsquo;occasion de remaniements psychiques profonds. 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