{"id":364,"date":"2020-06-01T16:51:18","date_gmt":"2020-06-01T15:51:18","guid":{"rendered":"http:\/\/psychologuebrest.fr\/blog\/?p=364"},"modified":"2020-06-01T16:51:18","modified_gmt":"2020-06-01T15:51:18","slug":"etre-touche-analyse-dune-locution-en-temps-depidemie","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/psychologuebrest.fr\/blog\/etre-touche-analyse-dune-locution-en-temps-depidemie\/","title":{"rendered":"Etre touch\u00e9 : analyse d&rsquo;une locution en temps d&rsquo;\u00e9pid\u00e9mie&#8230;"},"content":{"rendered":"\n<p>L&rsquo;interdit du toucher nous appara\u00eet depuis peu sous un jour nouveau. En quelques jours, nous avons appris \u00e0 ne plus nous embrasser, \u00e0 cesser de nous serrer la main, \u00e0 nous tenir \u00e0 distance, ce qui, en des temps r\u00e9cents, aurait \u00e9t\u00e9 signe de m\u00e9fiance, voire d&rsquo;hostilit\u00e9&#8230; Les r\u00e8gles \u00e9l\u00e9mentaires de la politesse, de cette courtoisie fran\u00e7aise si riche de nuances et de subtilit\u00e9s, ont vol\u00e9 en \u00e9clats pour cause d&rsquo;\u00e9pid\u00e9mie. Et nous sommes r\u00e9guli\u00e8rement inform\u00e9s que d&rsquo;autres virus pathog\u00e8nes sont susceptibles de nous faire peut-\u00eatre durablement renoncer \u00e0  cette habitude du contact entre amis, entre proches, plus g\u00e9n\u00e9ralement entre coll\u00e8gues. La prise d&rsquo;information dont nous b\u00e9n\u00e9ficions quand, d&rsquo;une poign\u00e9e de main, nous prenons inconsciemment le pouls de notre interlocuteur, n&rsquo;est plus possible. Malgr\u00e9 le choc inflig\u00e9 \u00e0 notre mode de vivre quotidien, nous ne sommes pas sans ressources. Car l&rsquo;humanit\u00e9 a toujours consid\u00e9r\u00e9 l&rsquo;acte de toucher autrui comme soumis \u00e0 des r\u00e8gles tr\u00e8s pr\u00e9cises, voire \u00e0 restrictions, ou m\u00eame comme le tabou par excellence.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans <em>Totem et tabou<\/em> (1913), Sigmund Freud rappelle que le toucher est le tabou dont se d\u00e9rivent tous les autres. Le chef, le gu\u00e9risseur, le malade, le mort, la femme enceinte ou ayant ses r\u00e8gles, le guerrier de retour d&rsquo;un combat ne peuvent pas \u00eatre touch\u00e9s, ou seulement dans des circonstances codifi\u00e9es, ritualis\u00e9es, et entour\u00e9es de pr\u00e9cautions comme la purification ou la r\u00e9citation de formules propitiatoires. Le risque n&rsquo;est pas uniquement biologique, comme notre culture pourrait nous le faire croire concernant le toucher d&rsquo;un malade ou d&rsquo;un cadavre, ou la crainte de nuire \u00e0 la vie d&rsquo;un enfant \u00e0 venir que porte sa m\u00e8re. La puissance attribu\u00e9e \u00e0 certaines personnes est consid\u00e9r\u00e9e comme pouvant \u00eatre transmise par le toucher : or cette puissance est toujours ambivalente, porteuse de vie ou de mort. Les stars de la chanson ou du sport, les gouvernants, \u00e9galement les personnes b\u00e9n\u00e9ficiant d&rsquo;une aura m\u00e9diatique ou culturelle d&rsquo;importance sont confront\u00e9s chaque jour \u00e0 cette attente du grand public d&rsquo;une simple poign\u00e9e de main ou, \u00e0 l&rsquo;inverse \u00e0 ce refus du contact, par crainte ou par hostilit\u00e9. Mais qu&rsquo;en est-il dans notre vie quotidienne ?<\/p>\n\n\n\n<p>Nous cherchons sans m\u00eame nous en apercevoir \u00e0 nous toucher \u00e0 distance : par le regard, et par les mots. Le port du masque nous prive de la lecture des signes qu&rsquo;envoie la bouche : le sourire accueillant, le m\u00e9pris affich\u00e9, la d\u00e9ception, la surprise, la joie, cette palette d&rsquo;\u00e9motions, nous n&rsquo;y avons plus acc\u00e8s qu&rsquo;en regardant les yeux de l&rsquo;interlocuteur et en \u00e9tant plus attentif au timbre de sa voix, ainsi qu&rsquo;aux mots qu&rsquo;il emploie. Quand le <em>contact<\/em> n&rsquo;est plus possible, le <em>tact<\/em> se rappelle \u00e0 nous comme un sens social et intime d&rsquo;une valeur immense dans nos relations quotidiennes. Rassurer son interlocuteur en lui touchant le bras, lui t\u00e9moigner du respect, l&rsquo;encourager, quand l&rsquo;accolade ou la poign\u00e9e de mains en \u00e9taient des signes tangibles et engageant le corps, ces gestes parfois si n\u00e9cessaires \u00e0 une relation de confiance sont d\u00e9sormais assum\u00e9s par les \u00e9changes de regards et les phrases chaleureuses prononc\u00e9s \u00e0 travers une plaque de plexiglas.<\/p>\n\n\n\n<p>La d\u00e9mat\u00e9rialisation de la vie quotidienne nous y a pr\u00e9par\u00e9s. Le t\u00e9l\u00e9phone bien s\u00fbr, \u00e9galement la visioconf\u00e9rence nous ont form\u00e9s \u00e0 tout cela. Mais \u00eatre en pr\u00e9sence, et \u00e0 distance, est une autre affaire&#8230; Les formules de politesse et de courtoisie sont \u00e0 notre disposition. Il nous reste \u00e0 inventer, individuellement et collectivement, de nouvelles modalit\u00e9s relationnelles, des signes garantissant que l&rsquo;absence de toucher ne vaut pas m\u00e9pris. Les psychologues dont la priorit\u00e9 est l&rsquo;\u00e9coute sont \u00e9minemment sensibilis\u00e9s \u00e0 cette question. <em>Ecouter<\/em> a m\u00eame racine qu&rsquo;<em>ausculte<\/em>r&#8230; Pr\u00eater l&rsquo;oreille \u00e0 autrui, \u00e0 ses \u00e9motions comme au contenu de ce qu&rsquo;il nous dit, est une fa\u00e7on de se laisser toucher par lui.<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p>Yves-Marie Bouillon, 1er juin 2020<\/p>\n\n\n\n<p>@Bouillon<\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n\n\n\n<p><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;interdit du toucher nous appara\u00eet depuis peu sous un jour nouveau. 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