{"id":323,"date":"2017-12-15T00:14:46","date_gmt":"2017-12-14T23:14:46","guid":{"rendered":"http:\/\/psychologuebrest.fr\/blog\/?p=323"},"modified":"2017-12-15T00:14:46","modified_gmt":"2017-12-14T23:14:46","slug":"la-jeune-parque-de-paul-valery-calligrammes-de-guillaume-apollinaire-que-nous-disent-ces-deux-oeuvres-de-la-grande-guerre","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/psychologuebrest.fr\/blog\/la-jeune-parque-de-paul-valery-calligrammes-de-guillaume-apollinaire-que-nous-disent-ces-deux-oeuvres-de-la-grande-guerre\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0La jeune Parque\u00a0\u00bb de Paul Val\u00e9ry, \u00ab\u00a0Calligrammes\u00a0\u00bb de Guillaume Apollinaire : que nous disent ces deux \u0153uvres de la Grande Guerre ?"},"content":{"rendered":"<p>L&rsquo;article \u00e0 suivre vient en compl\u00e9ment d&rsquo;une conf\u00e9rence prononc\u00e9e le jeudi 14 d\u00e9cembre 2017 \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Bretagne Sud \u00e0 Lorient.<\/p>\n<p>Lever la censure sur nos pratiques de lectures peut fournir plusieurs b\u00e9n\u00e9fices\u00a0: entendre ce que des po\u00e8tes ont figur\u00e9 en temps de guerre de leur vie en actes ou de leurs mouvements int\u00e9rieurs\u00a0; et rep\u00e9rer ce que ces po\u00e8tes ont transf\u00e9r\u00e9 dans leurs \u0153uvres, consciemment ou non. Qu\u2019ont-ils \u00e9labor\u00e9 de leur participation psychique \u00e0 la guerre\u00a0? Que nous donnent-ils \u00e0 en lire, et qu\u2019il vaut mieux reconna\u00eetre plut\u00f4t que de le subir, voire le r\u00e9p\u00e9ter psychiquement sous une forme ou une autre\u00a0?<\/p>\n<p>Sigmund Freud \u00e9crivit dans <em>Pourquoi la guerre\u00a0?<\/em>\u00a0: \u00ab\u00a0Dans les conflits d\u2019int\u00e9r\u00eats parmi les hommes, c\u2019est donc par principe l\u2019emploi de la violence qui emporte la d\u00e9cision. Il en est ainsi dans tout le r\u00e8gne animal, dont l\u2019homme ne devrait pas s\u2019excepter\u00a0; pour l\u2019homme, il est vrai, il s\u2019y ajoute encore des conflits d\u2019opinion, qui atteignent les plus hauts sommets de l\u2019abstraction et semblent exiger une autre technique de d\u00e9cision.\u00a0\u00bb (Freud S., 1932, <em>Pourquoi la guerre\u00a0?<\/em>, O.C.P. XIX, p.70.\u00a0 Les O.C.P. traduisent <em>der Mensch<\/em>, pluriel <em>die Menschen<\/em> par \u00ab\u00a0l\u2019homme\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0les hommes\u00a0\u00bb. <em>Der Mensch, die Menschen,<\/em> d\u00e9signe le genre humain, les humains en g\u00e9n\u00e9ral (hommes et femmes)).<\/p>\n<p>Les po\u00e8tes vivent travers\u00e9s \u00ab\u00a0des conflits d\u2019opinion\u00a0\u00bb des divers collectifs dont ils rel\u00e8vent. Qu\u2019en font-ils\u00a0en temps de guerre\u00a0? Il s\u2019agit d\u2019\u00e9tudier des po\u00e9sies contemporaines de la Premi\u00e8re Guerre mondiale comme des \u00e9missions sonores faites par des animaux, les \u00eatres humains. Ces choses langagi\u00e8res furent prof\u00e9r\u00e9es \u00e0 voix haute ou basse mais transmises sous forme \u00e9crite, donc \u00e9galement visuelle, puis furent publi\u00e9es, adress\u00e9es \u00e0 divers collectifs. Que figuraient les po\u00e8tes \u00e0 l\u2019adresse de leurs lectorats\u00a0? Et ceux-ci ont-ils d\u00e9jou\u00e9\u00a0la censure, pr\u00e9caution n\u00e9cessaire pour lire ces po\u00e8mes ?<\/p>\n<p>Freud proposa que le po\u00e8te f\u00fbt \u00e9ventuellement capable, par l\u2019invention d\u2019un mythe, d\u2019amener son collectif d\u2019appartenance \u00e0 une meilleure intelligence de ses propres processus. L\u2019individuation dont l\u2019\u00eatre humain est capable, sa capacit\u00e9 \u00e0 dire \u00ab\u00a0je\u00a0\u00bb et non plus uniquement \u00ab\u00a0\u00e7a\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0on\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0nous\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0eux\u00a0\u00bb ou serait-ce \u00ab\u00a0moi\u00a0\u00bb, motivent ces travaux. Par quels mouvements individuels une personne participe-t-elle, plus ou moins malgr\u00e9 elle, de la psychologie des masses en temps de guerre\u00a0? Comment peut-elle s\u2019en d\u00e9gager\u00a0? Comment quelqu\u2019un, combattant au front ou vivant \u00e0 l\u2019arri\u00e8re des combats, se d\u00e9brouille-t-il avec l\u2019id\u00e9ologie oppressant ses contemporains et lui-m\u00eame\u00a0?<\/p>\n<p>Les po\u00e9sies offrent, dans le cas le plus favorable, un acc\u00e8s \u00e0 des mouvements internes qui sinon restent cach\u00e9s loin du cours de la vie sociale. La Premi\u00e8re Guerre mondiale consista en meurtres de masses, malgr\u00e9 la censure sur ce fait. Que dit un po\u00e8te de, voire dans la \u00ab\u00a0Grande Guerre\u00a0\u00bb\u00a0? Nous \u00e9tudierons les affects inconscients que certains po\u00e8mes manifestent, dont les v\u0153ux de meurtre \u00e9ventuels du po\u00e8te. L\u2019ampleur des diverses formes de censures qui s\u2019y opposent, jusqu\u2019\u00e0 aujourd\u2019hui et dans des travaux critiques, m\u00e9rite question. Nous avons choisi des \u0153uvres que leurs auteurs ont assum\u00e9 de publier en temps de guerre, qui ont convaincu, ou d\u00e9jou\u00e9 la censure. La censure est de quatre sources\u00a0: celle interne du po\u00e8te, celle des collectifs\u00a0\u00e9ditoriaux, la censure d\u2019Etat et la censure interne du lectorat. Aborder des \u0153uvres d\u2019auteurs ayant particip\u00e9 on non aux combats autorisera un aper\u00e7u de quelque amplitude. La r\u00e9ception des \u0153uvres t\u00e9moigne de ce que ces choses langagi\u00e8res intimes convoquent et g\u00e9n\u00e8rent chez leurs lecteurs.<\/p>\n<p>Consid\u00e9rons <em>La\u00a0Jeune Parque <\/em>de Paul Val\u00e9ry et <em>Calligrammes<\/em> de Guillaume Apollinaire. Le po\u00e8me de cinq cent douze alexandrins de Val\u00e9ry et le recueil\u00a0 d\u2019Apollinaire ont commenc\u00e9 d\u2019\u00eatre \u00e9crits avant le d\u00e9clenchement de la guerre, globalement en 1913, et ont \u00e9t\u00e9 publi\u00e9s avant l\u2019armistice\u00a0: <em>La Jeune Parque<\/em> en avril 1917, <em>Calligrammes<\/em> en avril 1918.<\/p>\n<p>Guillaume Apollinaire est n\u00e9 le 25 ou le 26 ao\u00fbt 1880, il a trente-trois ans quand la France d\u00e9clare la guerre. D\u00e8s sa prime enfance, ses pr\u00e9noms et noms furent l\u2019objet de changements. Il est d\u00e9clar\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9tat civil de Rome le 31 ao\u00fbt 1880 sous le nom de Guglielmo Alberto Dulcigni, de p\u00e8re inconnu et de m\u00e8re d\u00e9sirant garder l\u2019anonymat. Sa m\u00e8re Angelica Kostrowitzky reconna\u00eet l\u2019enfant devant notaire le 2 novembre avec les pr\u00e9noms de Guglielmo Alberto Alessandro Apollinare. La famille et les proches l\u2019appel\u00e8rent toujours Wilhelm (D\u00e9caudin M., <em>Apollinaire<\/em>, Paris, Le Livre de Poche, 2002, p. 232.)<\/p>\n<p>Paul Val\u00e9ry est n\u00e9 le 30 octobre 1871 \u00e0 Cette, il a quarante-trois ans le jour de la mobilisation g\u00e9n\u00e9rale en France (le 2 ao\u00fbt 1914). Val\u00e9ry n\u2019a pas combattu mais a craint jusqu\u2019en 1916 d\u2019\u00eatre envoy\u00e9 aux combats.<\/p>\n<p>Apollinaire s\u2019est engag\u00e9 volontairement dans l\u2019Arm\u00e9e fran\u00e7aise en d\u00e9cembre 1914. Val\u00e9ry a v\u00e9cu \u00ab\u00a0\u00e0 l\u2019arri\u00e8re\u00a0\u00bb\u00a0; Apollinaire a connu la vie \u00ab\u00a0au front\u00a0\u00bb et combattu, en est revenu bless\u00e9 et est mort suite \u00e0 son \u00e9puisement physique d\u00fb \u00e0 sa blessure ainsi qu\u2019\u00e0 la grippe. Val\u00e9ry avait \u00e9t\u00e9 anti-dreyfusard avant guerre, Apollinaire dreyfusard.<\/p>\n<p>Avec <em>La Jeune Parque<\/em>, Val\u00e9ry connut une notori\u00e9t\u00e9 croissante\u00a0; sa renomm\u00e9e s\u2019\u00e9largit au-del\u00e0 des premiers cercles. Apollinaire, d\u00e9j\u00e0 po\u00e8te c\u00e9l\u00e9br\u00e9, affirma lui-m\u00eame que son recueil <em>Calligrammes<\/em>, moins salu\u00e9 qu\u2019<em>Alcools<\/em>, serait avec le temps reconnu d\u2019un int\u00e9r\u00eat sup\u00e9rieur. Apollinaire \u00e9crit en 1918 \u00e0 Andr\u00e9 Billy\u00a0: \u00ab\u00a0Tel qu\u2019il est, livre de guerre, il a de la vie et touchera plus qu\u2019<em>Alcools<\/em>, je crois, si la fortune sourit \u00e0 ma r\u00e9putation po\u00e9tique.\u00a0\u00bb (<em>in<\/em> Debon C., 2008, <em>Calligrammes dans tous ses \u00e9tats<\/em>, Calliop\u00e9es, p. 10.)<\/p>\n<p>Avec <em>La jeune Parque <\/em>et <em>\u00a0Calligrammes<\/em>, nous isolons deux \u0153uvres lyriques, selon les mots de leurs auteurs. Le lyrisme et ses \u00e9lans d\u2019exaltation narcissique seront pens\u00e9s en articulation avec le temps de guerre.<\/p>\n<p>D\u2019apr\u00e8s nos recherches, <em>La Jeune Parque<\/em> n\u2019a pas fait l\u2019objet d\u2019\u00e9tudes approfondies relativement \u00e0 son temps d\u2019\u00e9criture et de r\u00e9ception. La lecture structuraliste que Jean-Pierre Chausserie-Lapr\u00e9e fait de <em>La Jeune Parque<\/em> ne consid\u00e8re pas le contexte guerrier. (Chausserie-Lapr\u00e9e J.-P., 1992, <em>La Jeune Parque ou la tentation de construire<\/em>, sous-titre <em>L\u2019architecture secr\u00e8te du po\u00e8me<\/em>, 2 vol., Paris, Minard.)<\/p>\n<p>L\u2019auteur reste dans le r\u00e9f\u00e9rentiel manifeste, l\u2019Antiquit\u00e9, et r\u00e9v\u00e8le les structures cach\u00e9es,\u00a0m\u00e9lodiques et architecturales, de <em>La Jeune Parque<\/em>. Les constructions annonc\u00e9es dans le po\u00e8me d\u2019un temple, d\u2019un autel et d\u2019un tombeau sont mises en \u00e9vidence.<\/p>\n<p>Val\u00e9ry a reconnu dans certains de ses courriers, qui seront consid\u00e9r\u00e9s, qu\u2019il a \u00e9crit <em>La Jeune Parque<\/em> comme un monument \u00e0 la langue fran\u00e7aise, et donc que le po\u00e8te a contribu\u00e9 \u00e0 sa fa\u00e7on \u00e0 l\u2019effort de guerre, de fait du point de vue de la classe sociale dominante. Cela n\u2019est pas mentionn\u00e9 par Chausserie-Lapr\u00e9e qui n\u2019\u00e9coute pas le discours latent, lequel exige pour \u00eatre entendu que les passions meurtri\u00e8res de la Premi\u00e8re Guerre mondiale soient consid\u00e9r\u00e9es. Nous b\u00e9n\u00e9ficierons largement des apports de <em>La gen\u00e8se de La Jeune Parque de Paul Val\u00e9ry<\/em> de Florence\u00a0de\u00a0Lussy (sous-titre, <em>Essai de chronologie<\/em>). L\u2019auteur \u00e9tudie les transformations de nombreux vers \u00e0 travers les manuscrits de 1913 \u00e0 1917, qu\u2019elle r\u00e9partit en quatorze \u00e9tats successifs et parvient parfois \u00e0 dater au mois pr\u00e8s. Mais l\u2019unique mention de la guerre dans tout l\u2019ouvrage consiste \u00e0 noter que, probablement, \u00ab\u00a0Paul Val\u00e9ry ne toucha pas \u00e0 son po\u00e8me pendant l\u2019ann\u00e9e 1914\u00a0\u00bb\u00a0: outre des soucis d\u2019ordre familial, \u00ab\u00a0[\u2026] la d\u00e9claration de la guerre et les angoisses qui en r\u00e9sult\u00e8rent justifieraient le tarissement de son inspiration.\u00a0\u00bb (de Lussy F., 1975, <em>La gen\u00e8se de <\/em>La Jeune Parque <em>de Paul Val\u00e9ry<\/em>, Paris, Minard, pp. 43, 44. L\u2019auteur \u00e9tudie pourtant la th\u00e9matique \u00ab\u00a0Le sommeil et la Mort\u00a0\u00bb (pp. 150-154).)<\/p>\n<p>L\u2019ouvrage collectif <em>Paul Val\u00e9ry 2<\/em>, <em>recherches sur \u00ab\u00a0La Jeune Parque<\/em>\u00a0\u00bb est de ce point de vue symptomatique (<em>Paul Val\u00e9ry 2, recherches sur \u00ab\u00a0La Jeune Parque\u00a0\u00bb<\/em>, 1977, sous la dir. de H.\u00a0Laurenti, coll. <em>La revue des lettres modernes<\/em> n\u00b0\u00a0498-503, Paris, Minard). Les diff\u00e9rents auteurs s\u2019attachent quasi exclusivement aux recherches formelles et ne sortent pour ainsi dire pas du r\u00e9f\u00e9rentiel manifeste ou des r\u00e9f\u00e9rences litt\u00e9raires de Val\u00e9ry. Deux auteurs seulement r\u00e9f\u00e8rent \u00e0 l\u2019\u00e9poque guerri\u00e8re. Dans l\u2019article <em>La Parque et la mort<\/em>, Nicole Celeyrette-Pietri cite les lettres de Val\u00e9ry \u00e0 Albert Mockel et \u00e0 Georges Duhamel. Val\u00e9ry y mentionne la guerre comme une des causes du po\u00e8me, voire l\u2019\u00e9criture du po\u00e8me comme sa participation \u00e0 la guerre. Mais l\u2019\u00e9tude annonc\u00e9e par le titre s\u2019en tient au r\u00e9f\u00e9rentiel de l\u2019Antiquit\u00e9, ne consid\u00e8re effectivement la guerre que comme une cause, non comme pr\u00e9sente dans le discours, m\u00eame latent, du po\u00e8me. Huguette\u00a0Laurenti, dans l\u2019article <em>Le contexte de La Jeune Parqe<\/em>, mentionne \u00ab\u00a0un grand contexte historique au sens propre du terme, qui est la guerre\u00a0\u00bb et en rel\u00e8ve le lien avec le po\u00e8me dans le passage dit du Printemps que nous \u00e9tudierons. H.\u00a0Laurenti cite \u00e9galement un extrait de la lettre \u00e0 Duhamel. Mais la question n\u2019est pas plus approfondie.<\/p>\n<p>Dans <em>Lecture de La Jeune Parque<\/em>, Sylvie Ballestra-Puech approche de pr\u00e8s la question puis s\u2019arr\u00eate. Relevant diverses occurrences de \u00ab\u00a0jeunes Parques\u00a0\u00bb dans la litt\u00e9rature, l\u2019auteur cite un extrait du <em>Journal<\/em> des fr\u00e8res Goncourt d\u00e9crivant plusieurs prisonni\u00e8res Communardes lors de la Commune de Paris. Nous n\u2019extrayons que cette phrase des Goncourt dans la citation faite par S.\u00a0Ballestra-Puech\u00a0: \u00ab\u00a0Parmi ces femmes, il en est une singuli\u00e8rement belle, belle de la beaut\u00e9 implacable d\u2019une jeune Parque.\u00a0\u00bb (de Goncourt E. et J., <em>Journal. M\u00e9moires de la vie litt\u00e9raire<\/em>, \u00e9d. R.\u00a0Ricatte, Paris, Fasquelle-Flammarion, 1956, t. 2, p. 814 (26 mai 1871), r\u00e9f. cit. <em>in <\/em>Ballestra-Puech S., 1993, <em>Lecture de La Jeune Parque<\/em>, Paris, Klincksieck, p. 16.) Les fr\u00e8res Goncourt citent ensuite une parole d\u2019officier Versaillais comparant la femme \u00e0 une autre prisonni\u00e8re ayant tu\u00e9 un homme d\u2019un coup de poignard. La description de la femme par les Goncourt insiste sur la rage et les injures prof\u00e9r\u00e9es par la prisonni\u00e8re, clairement du point de vue des Versaillais. Mais S.\u00a0Ballestra-Puech ne fait pas cas de la Commune de Paris\u00a0: Val\u00e9ry est pourtant n\u00e9 le 30 octobre 1871, sa m\u00e8re \u00e9tait donc d\u00e9j\u00e0 enceinte, \u00e0 Cette, lors de la Commune. Nous verrons que la ville de S\u00e8te s\u2019orthographiait alors Cette. Par ailleurs, nous n\u2019\u00e9tablissons \u00e9videmment pas de lien direct entre la Commune de Paris et <em>La Jeune Parque<\/em>. Mais n\u2019oublions pas l\u2019effet de la Commune sur la psychologie collective de l\u2019entre-deux-guerres, celle entre la guerre de 1870-1871 et la Premi\u00e8re Guerre mondiale. Le pu\u00een\u00e9 des enfants de Paul Val\u00e9ry, Fran\u00e7ois, a d\u2019ailleurs \u00e9crit un opuscule\u00a0: Val\u00e9ry F., 1994, <em>L\u2019entre-trois-guerres de Paul Val\u00e9ry<\/em>, N\u00eemes, Editions Jacqueline Chambon. Paul Val\u00e9ry est mort en 1944.<\/p>\n<p>L\u2019auteur cite \u00e9galement des extraits des lettres de Val\u00e9ry \u00e0 Mockel et \u00e0 Duhamel, ainsi que l\u2019article de H.\u00a0Laurenti mentionn\u00e9 <em>supra<\/em>. Mais \u00ab\u00a0la Premi\u00e8re Guerre mondiale\u00a0\u00bb n\u2019est nomm\u00e9e qu\u2019une fois dans tout l\u2019ouvrage de S.\u00a0Ballestra-Puech. Cette guerre offre \u00ab\u00a0la tragique illustration\u00a0\u00bb de ce que Val\u00e9ry consid\u00e8re, d\u2019apr\u00e8s l\u2019auteur comme Schopenhauer, que \u00ab\u00a0le cycle de la vie se confond avec celui de la douleur et de la mort\u00a0\u00bb. Ballestra-Puech S., <em>op. cit.<\/em>, p. 93. Et l\u2019auteur de clore ainsi cette unique demi-page o\u00f9 la guerre aura \u00e9t\u00e9 mentionn\u00e9e\u00a0: \u00ab\u00a0Cependant le climat d\u2019angoisse suscit\u00e9 par la guerre ne saurait \u00e0 lui seul expliquer l\u2019horreur qu\u2019\u00e9prouve la Parque devant tous les ph\u00e9nom\u00e8nes cycliques dont la formule \u2018les \u00e9ternels retours\u2019 souligne assez la port\u00e9e quasi m\u00e9taphysique.\u00a0\u00bb La guerre est distanci\u00e9e, fig\u00e9e dans une \u00ab\u00a0tragique illustration\u00a0\u00bb, \u00e9vapor\u00e9e dans un \u00ab\u00a0climat\u00a0d\u2019angoisse \u00bb, quand ce serait un point de vue \u00ab\u00a0m\u00e9taphysique\u00a0\u00bb qui pr\u00e9vaudrait. Nous terminerons ce tour d\u2019horizon par la remarque de Fabien Vasseur\u00a0: \u00ab\u00a0Une ironie \u00e9trange veut que la p\u00e9riode la plus prolixe et la plus d\u00e9terminante pour lui ait co\u00efncid\u00e9 avec la bataille de Verdun, et que sa publication ait \u00e9t\u00e9 rigoureusement contemporaine des deux coups de th\u00e9\u00e2tre qui devaient changer la face du monde\u00a0: la R\u00e9volution russe et l\u2019entr\u00e9e en sc\u00e8ne des Etats-Unis de Wilson.\u00a0\u00bb L\u2019auteur cite ici et l\u00e0 les courriers de Val\u00e9ry mentionnant la guerre, fait une lecture du sacrifice \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans <em>La Jeune Parque<\/em>, impr\u00e9gn\u00e9e des interpr\u00e9tations chr\u00e9tiennes de Ren\u00e9 Girard, mais n\u2019analyse pas la pr\u00e9sence de la guerre dans le po\u00e8me. Que Val\u00e9ry ait \u00e9t\u00e9 prolixe en vers pendant la bataille de Verdun reste une \u00ab\u00a0ironie \u00e9trange\u00a0\u00bb. (Vasseur F., <em>Po\u00e9sies \u2013 La Jeune Parque de Paul Val\u00e9ry<\/em>, Paris, Gallimard, 2006, p. 58.)<\/p>\n<p>L\u2019ouvrage collectif <em>\u00ab\u00a0La Jeune Parque\u00a0\u00bb des brouillons au po\u00e8me, nouvelles lectures g\u00e9n\u00e9tiques<\/em> est compos\u00e9 d\u2019articles \u00ab\u00a0tous sign\u00e9s par des membres de l\u2019\u00e9quipe \u2018Paul Val\u00e9ry\u2019 (Institut des Textes et Manuscrits Modernes, C.N.R.S.)\u00a0\u00bb. Il manifeste une fois de plus l\u2019ampleur de la censure collective. Les ann\u00e9es d\u2019\u00e9criture, de 1913 \u00e0 1917, figurent pourtant maintes fois dans les articles. Une seule auteur, Micheline Hontebeyrie, dans <em>Le contexte scriptural de La Jeune Parque (1913-1917)<\/em>, \u00e9voque \u00ab\u00a0une confusion m\u00e9taphorique guerre-mer\u00a0\u00bb pour deux vers du po\u00e8me (v. 319 et 320), apr\u00e8s avoir relev\u00e9 le souci qu\u2019avait Val\u00e9ry de la guerre en cours. C\u2019est l\u2019unique mention, sur ces douze articles, d\u2019une pr\u00e9sence de la guerre dans le po\u00e8me (Hontebeyrie M., 2006, Le contexte scriptural de La Jeune Parque (1913-1917), <em>\u00ab\u00a0La Jeune Parque\u00a0\u00bb des brouillons au po\u00e8me, nouvelles lectures g\u00e9n\u00e9tiques<\/em>, s\u00e9rie <em>Paul Val\u00e9ry<\/em> n\u00b011, Caen, Lettres Modernes Minard, p. 38).<\/p>\n<p>Tout se passe comme si la participation en actes de langages et en affects de Val\u00e9ry \u00e0 la guerre dans ce po\u00e8me, que nous mettrons en \u00e9vidence, n\u2019\u00e9tait pas pensable. Les th\u00e9matiques de la mort id\u00e9alis\u00e9e, du sacrifice \u00e0 l\u2019antique et de la tentative de suicide factice sont scrut\u00e9es par les auteurs. La Premi\u00e8re Guerre mondiale en serait tout au plus, quand elle est mentionn\u00e9e, une cause anxiog\u00e8ne\u00a0\u00e0 partir de quoi Val\u00e9ry aurait travaill\u00e9, mais dont il aurait r\u00e9ussi \u00e0 s\u2019isoler. Jusqu\u2019\u00e0 plus ample inform\u00e9, l\u2019\u00e9tude suivante n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 tent\u00e9e\u00a0: celle du texte de <em>La Jeune Parque<\/em> \u00e0 partir de l\u2019hypoth\u00e8se, sugg\u00e9r\u00e9e par Val\u00e9ry, que ce po\u00e8me manifeste sous forme langagi\u00e8re des processus psychiques de sa participation \u00e0 la guerre. La r\u00e9ception favorable du po\u00e8me par une partie de la classe sociale dominante indique que cette participation, consciemment ou non, fut appr\u00e9ci\u00e9e voire encourag\u00e9e. La mention rare de la \u00ab\u00a0guerre\u00a0\u00bb dans certains \u00e9crits critiques sur <em>La Jeune Parque<\/em> semble plus servir la censure que la d\u00e9jouer. Le mot \u00ab\u00a0guerre\u00a0\u00bb est certes plus explicite que \u00ab\u00a0les \u00e9v\u00e9nements\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0le conflit\u00a0\u00bb\u00a0; mais le mot \u00e9vite de parler des meurtres de masse qui la caract\u00e9risent. Mentionn\u00e9e, la \u00ab\u00a0guerre\u00a0\u00bb est r\u00e9duite \u00e0 un contexte, au sens d\u00e9valu\u00e9 du mot. Et notre participation quotidienne au r\u00e9gime de guerre pr\u00e8s d\u2019un si\u00e8cle plus tard sous une forme ou une autre, f\u00fbt-elle psychique, est ainsi massivement d\u00e9ni\u00e9e. Lever la censure en lisant et en \u00e9coutant <em>La Jeune Parque<\/em>, ne pas se contenter de ses jeux m\u00e9lodiques et figures de style\u00a0: cela devrait rendre possible d\u2019entendre ce que dit Val\u00e9ry. Nous ne consid\u00e8rerons\u00a0 pas uniquement le r\u00e9f\u00e9rentiel antique mais \u00e9galement le contexte guerrier\u00a0: les actes collectifs contemporains, meurtriers et de langage.<\/p>\n<p>La litt\u00e9rature existant sur <em>Calligrammes<\/em> est \u00e9videmment toute autre que celle sur <em>La Jeune Parque<\/em>, pour ce qui est de la pr\u00e9sence de la guerre. Apollinaire a sous-titr\u00e9 le recueil <em>Calligrammes<\/em>\u00a0: <em>Po\u00e8mes de la paix et de la guerre 1913-1916<\/em>. Il en cl\u00f4t dans le sous-titre l\u2019\u00e9criture en 1916, ann\u00e9e de sa blessure puis de sa tr\u00e9panation, mais plusieurs po\u00e8mes, dont <em>Les Collines<\/em> et <em>La Jolie Rousse<\/em>, sont \u00e9crits jusqu\u2019en 1917 et 1918, ann\u00e9e de publication du recueil. Les travaux de Claude Debon ont fourni \u00e0 notre \u00e9tude de pr\u00e9cieuses pistes de recherches\u00a0: <em>Calligrammes dans tous ses \u00e9tats<\/em> (sous-titre <em>Edition critique du recueil de Guillaume Apollinaire<\/em>) et <em>Guillaume Apollinaire apr\u00e8s Alcools <\/em>(sous-titre <em>Calligrammes, le po\u00e8te et la guerre<\/em>). Son attention aux lieux, aux temps et aux personnes \u00e0 qui Apollinaire s\u2019adresse dans ses po\u00e8mes fournit un guide s\u00fbr pour rencontrer les paysages travers\u00e9s par le po\u00e8te, les collectifs dont il participe, les amis et les femmes qu\u2019il aime, perd ou se rem\u00e9more.<\/p>\n<p>Les Actes du colloque international de Stavelot tenus en septembre 2005 sous la direction scientifique de C. Debon, \u00e9dit\u00e9s sous le titre <em>L\u2019Ecriture en guerre de Guillaume Apollinaire<\/em>, furent les premiers consacr\u00e9s \u00e0 <em>Calligrammes<\/em>. Ils pr\u00e9sentent une avanc\u00e9e certaine relativement aux recherches sur l\u2019\u00e9criture et la guerre chez Apollinaire\u00a0:<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Tout se passe comme si les \u0153uvres diverses et nombreuses cr\u00e9\u00e9es par Apollinaire pendant les ann\u00e9es de guerre jusqu\u2019\u00e0 sa mort le 9 novembre 1918 avaient subi et subissaient encore une sorte de <em>camouflage<\/em>, tant elles d\u00e9rangent les amateurs de clich\u00e9s et m\u00eame les sp\u00e9cialistes de la Grande Guerre.\u00a0Ce volume consacr\u00e9 \u00e0 <em>L\u2019Ecriture en guerre de Guillaume Apollinaire<\/em> attaque de front le sujet, sans autres apriorismes que la connaissance et la compr\u00e9hension.\u00a0\u00bb (<em>L\u2019Ecriture en guerre de Guillaume Apollinaire<\/em>, Actes du colloque international de Stavelot, 1<sup>er<\/sup>-3 sept. 2005, \u00e9d. C. Debon, Editions Calliop\u00e9es, 2006. Citation en quatri\u00e8me de couverture.)<\/p>\n<p>Certes, les auteurs consid\u00e8rent la guerre dans les \u00e9crits d\u2019Apollinaire. Mais le <em>camouflage<\/em> persiste \u00e0 certains \u00e9gards, pour reprendre le terme en italiques dans la pr\u00e9sentation des Actes. Le premier vers \u00ab\u00a0Ah Dieu\u00a0! que la guerre est jolie\u00a0\u00bb du po\u00e8me <em>L\u2019Adieu du cavalier<\/em> a par exemple fait l\u2019objet de diverses interpr\u00e9tations entre d\u00e9fenseurs et d\u00e9nonciateurs de la position psychique d\u2019Apollinaire. C. Debon (2008, <em>op. cit. <\/em>p. 247) a rendu justice de l\u2019ironie et de la pudeur dans ce po\u00e8me, remarquant que \u00ab\u00a0ceux qui ne lisent pas la totalit\u00e9 du po\u00e8me \u2013 encore moins du recueil\u2013\u00a0\u00bb fustigent \u00ab\u00a0l\u2019inconscience d\u2019Apollinaire\u00a0\u00bb. Mais l\u00e0 encore la \u00ab\u00a0guerre\u00a0\u00bb \u00e9vite de parler des massacres. D\u2019autres vers dans le recueil les \u00e9voquent, non en ce terme, parfois de fa\u00e7on d\u00e9guis\u00e9e. Et cela n\u2019est pas \u00e9lucid\u00e9. Il s\u2019agit d\u2019\u00e9couter ce que dit Apollinaire\u00a0: sans chercher \u00e0 prot\u00e9ger sa m\u00e9moire ou \u00e0 lui nuire.<\/p>\n<p>Catherine Moore consid\u00e8re l\u2019activit\u00e9 du soldat Apollinaire \u00e0 partir de ses lettres \u00e0 Lou, sans mentionner un seul des po\u00e8mes de <em>Calligrammes<\/em> (Moore C., Un poilu comme les autres\u00a0? Apollinaire au front dans les <em>Lettres \u00e0 Lou<\/em> (ann\u00e9e 1915), <em>L\u2019Ecriture en guerre de Guillaume Apollinaire<\/em>, <em>op. cit.<\/em>, pp. 47-60). Nous verrons pourtant que c\u2019est dans ce recueil, pr\u00e9cis\u00e9ment dans <em>Les Collines<\/em>, que le po\u00e8te fait un aveu de meurtre des plus explicites, quelle que soit la r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 laquelle il fait r\u00e9f\u00e9rence. Nous ne sachons pas qu\u2019Apollinaire ait reconnu avoir \u00ab\u00a0tu\u00e9\u00a0\u00bb, de mani\u00e8re aussi pr\u00e9cise, dans ses courriers. Les lettres \u00e0 Lou et \u00e0 Madeleine sont une source de r\u00e9flexions sur les fantaisies sexuelles et l\u2019activit\u00e9 de guerre, sur la vie quotidienne d\u2019un soldat-po\u00e8te. Mais elles ne sauraient exempter de l\u2019analyse, sur ces m\u00eames th\u00e8mes, des po\u00e9sies qu\u2019Apollinaire assuma de publier pour ses contemporains en temps de guerre, et pour la post\u00e9rit\u00e9.<\/p>\n<p>Apollinaire mentionne notamment son activit\u00e9 d\u2019artilleur dans un courrier \u00e0 Madeleine, celui o\u00f9 il \u00e9crit <em>Il\u00a0y\u00a0a<\/em> que nous \u00e9tudierons. Pr\u00e9cis\u00e9ment au sujet de ce po\u00e8me, dans <em>Les Motifs concrets du front dans l\u2019expression lyrique d\u2019Apollinaire<\/em>, G\u00e9rald Purnelle \u00e9crit (Purnelle G., Les Motifs concrets du front dans l\u2019expression lyrique d\u2019Apollinaire, <em>L\u2019Ecriture en guerre de Guillaume Apollinaire<\/em>, <em>op. cit.<\/em>, p. 97, pour les deux citations de Purnelle)\u00a0: \u00ab\u00a0Etant donn\u00e9 notre objet, il est un type particulier de po\u00e8mes qui ne nous int\u00e9ressent quasiment pas, mais qu\u2019il convient de mentionner\u00a0: ce sont ceux o\u00f9 le po\u00e8te d\u00e9crit plus froidement, plus cliniquement, la vie au front, son environnement et son activit\u00e9, sans que l\u2019expression personnelle domine ou m\u00eame affleure dans le propos du po\u00e8me.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>Et Purnelle donne pour exemples de \u00ab\u00a0Po\u00e8mes purement descriptifs, qui prennent souvent la forme d\u2019\u00e9num\u00e9rations\u00a0[\u2026]\u00a0\u00bb ces trois po\u00e8mes de <em>Calligrammes\u00a0<\/em>: <em>Le Palais du tonnerre<\/em>, <em>Dans l\u2019abri-caverne<\/em> et <em>Il\u00a0y\u00a0a<\/em>. Or nous verrons que le po\u00e8me de trente vers libres <em>Il\u00a0y\u00a0a<\/em>, loin d\u2019\u00eatre \u00ab\u00a0purement descriptif\u00a0\u00bb et en \u00ab\u00a0\u00e9num\u00e9rations\u00a0\u00bb, est en d\u00e9pit de son apparence premi\u00e8re compos\u00e9 de calligrammes et lourd d\u2019une \u00ab\u00a0expression personnelle\u00a0\u00bb qui m\u00e9rite analyse. La \u00ab\u00a0m\u00e9lancolie\u00a0\u00bb du po\u00e8te est prononc\u00e9e dans le po\u00e8me.<\/p>\n<p>L\u2019ouvrage d\u2019Annette Becker (Becker A., 2009, <em>Guillaume Apollinaire Une biographie de guerre<\/em>, Paris, Tallandier), <em>Guillaume Apollinaire. Une biographie de guerre<\/em>, retrace rapidement les moments de l\u2019itin\u00e9raire guerrier du po\u00e8te pris dans l\u2019Histoire\u00a0: engagement, instruction, agent de liaison, fantassin, artilleur, bless\u00e9, affect\u00e9 au Minist\u00e8re de la Guerre \u00e0 la censure, et ses derniers mois avant sa mort le 9 novembre 1918. A.\u00a0Becker cite certains po\u00e8mes de <em>Calligrammes<\/em> dont <em>Il y a<\/em>, les parties du recueil <em>Ondes<\/em> et <em>Case d\u2019armons<\/em> d\u2019abord imprim\u00e9 au front, mais n\u2019analyse pas les contenus des po\u00e8mes. Elle rep\u00e8re le \u00ab\u00a0Traumatisme g\u00e9ant\u00a0\u00bb d\u2019un po\u00e8me du temps de paix, <em>Les Fen\u00eatres<\/em>, que nous consid\u00e8rerons. A.\u00a0Becker dit ne pas pr\u00e9tendre au diagnostic. Elle nomme pourtant le <em>Post Traumatic Stress Syndrom\u00a0<\/em>(en fran\u00e7ais, l\u2019usage est de dire la n\u00e9vrose traumatique de guerre, le \u00ab\u00a0post\u00a0\u00bb est superflu puisque le trauma persiste) : les traumatismes de guerre ont assur\u00e9ment pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 dans la vie d\u2019Apollinaire son traumatisme physiologique \u00e0 la t\u00eate et sa tr\u00e9panation. A.\u00a0Becker rep\u00e8re les d\u00e9ceptions sentimentales d\u2019Apollinaire en temps de guerre, d\u2019abord avec Lou puis avec Madeleine,\u00a0ainsi que le chagrin du po\u00e8te \u00e0 la mort de son ami Ren\u00e9 Dalize le 7 mai 1917\u00a0: ces motifs ont pu amplifier la souffrance psychique dont il t\u00e9moigna apr\u00e8s sa blessure et dans ses po\u00e8mes. Mais l\u2019auteur s\u2019arr\u00eate l\u00e0 et ne consid\u00e8re pas les meurtres commis par le po\u00e8te, qu\u2019il dit pourtant dans <em>Calligrammes<\/em>. Les consid\u00e9rer permettra d\u2019entendre la dette qu\u2019Apollinaire laisse \u00e0 qui s\u2019aventure \u00e0 lire ses po\u00e8mes. Cette dette laiss\u00e9e dans la d\u00e9dicace \u00e0 l\u2019ami mort Ren\u00e9 Dalize, et les derniers mots du recueil, \u00ab\u00a0Ayez piti\u00e9 de moi\u00a0\u00bb (A.\u00a0Becker, <em>op. cit<\/em>., recopie d\u2019ailleurs les derniers mots du recueil pour conclure son propre ouvrage, sans \u00e9laboration de ce qu\u2019ils disent et transf\u00e8rent), continuent d\u2019entraver qui n\u2019y prend garde dans sa lecture. Celle-ci reste alors lourde d\u2019angoisses de culpabilit\u00e9 inconscientes.<\/p>\n<p>Enfin, A. Becker (<em>op. cit<\/em>., chapitre VII \u00ab\u00a0Mourir de la grippe espagnole\u00a0\u00bb, pp. 203-223) commet une \u00e9trange r\u00e9\u00e9criture de l\u2019Histoire au sujet de la mort d\u2019Apollinaire. L\u2019auteur privil\u00e9gie la cause unique de l\u2019agent pathog\u00e8ne\u00a0: la grippe. Ainsi, sont d\u00e9ni\u00e9es une ann\u00e9e de pleine participation d\u2019Apollinaire \u00e0 la guerre entre les printemps 1915 et 1916, une blessure \u00e0 la t\u00eate suivie d\u2019une tr\u00e9panation, deux hospitalisations en 1918 dont une pour congestion pulmonaire en janvier, comme causes autrement plus complexes et puissantes de la mort d\u2019un homme \u00e2g\u00e9 de trente-huit ans. Et l\u2019auteur d\u2019affirmer\u00a0: \u00ab\u00a0La maladie s\u2019est en effet intens\u00e9ment attaqu\u00e9e [la maladie est personnifi\u00e9e, <em>sic<\/em>] \u00a0\u00e0 des \u00eatres jeunes et en bonne sant\u00e9, comme lui.\u00a0[\u2026] Les amis d\u2019Apollinaire ont refus\u00e9, les premiers, de le reconna\u00eetre mort de la grippe et tout au long du si\u00e8cle on a continu\u00e9 \u00e0 le croire mort des suites de sa blessure.\u00a0\u00bb. Il est pensable qu\u2019Apollinaire soit mort de la grippe <em>et <\/em>de son \u00e9puisement physique cons\u00e9cutif \u00e0 sa blessure, sa tr\u00e9panation, sa congestion pulmonaire\u2026 Rappelons qu\u2019est dit \u00ab\u00a0jeune homme\u00a0\u00bb, en langue fran\u00e7aise, celui qui a entre vingt et trente ans. A partir de trente ans, c\u2019est <em>L\u2019\u00e2ge d\u2019homme<\/em> comme le rappelle le titre de l\u2019ouvrage de Michel Leiris. Apollinaire n\u2019est mort ni \u00ab\u00a0jeune\u00a0\u00bb ni \u00ab\u00a0en bonne sant\u00e9\u00a0\u00bb&#8230;<\/p>\n<p>Les lecteurs d\u2019Apollinaire participent parfois \u00e0 la censure collective. L\u2019aveuglement et la surdit\u00e9 entretenus n\u00e9cessitent, pour \u00eatre d\u00e9jou\u00e9s, une rigoureuse lecture litt\u00e9rale, sans distinction du fond et de la forme. Les jeux formels sur les calligrammes sans \u00e9coute des paroles dites peuvent participer du camouflage g\u00e9n\u00e9ral. Une lecture rigoureuse demande \u00e9galement d\u2019avoir acc\u00e8s \u00e0 ses propres affects. Lire ces po\u00e8mes n\u00e9cessite le travail d\u2019analyse du transfert et contre-transfert des \u00e9motions qu\u2019ils g\u00e9n\u00e8rent. Quel qu\u2019en soit le prix, la reconnaissance pr\u00e9alable de ces \u00e9motions est parfois le seul moyen de rep\u00e9rer qu\u2019<em>il<\/em> <em>se passe quelque chose de particulier \u00e0 tel moment de la lecture<\/em>.<\/p>\n<p>Une \u00e9coute psychodynamique, donnant droit aux affects mais dans un but d\u2019\u00e9lucidation de ce qu\u2019ils figurent, permet de lire les calligrammes sans les censurer. La violence \u00e0 laquelle Apollinaire a demand\u00e9 \u00e0 participer en s\u2019engageant volontairement dans la guerre en d\u00e9cembre 1914 fait effraction dans les po\u00e8mes jusque dans leur typographie, leur organisation spatiale, mais \u00e9galement leur chant. Il les appela d\u2019abord \u00ab\u00a0id\u00e9ogrammes lyriques\u00a0\u00bb, le mot \u00ab\u00a0calligramme\u00a0\u00bb n\u2019apparaissant qu\u2019en mars 1917. Mais la brutalit\u00e9 de certains po\u00e8mes, si elle est \u00e9vidente, a fait \u00e9cran quant aux actes meurtriers qu\u2019Apollinaire y dit pourtant, ouvertement ou de fa\u00e7on crypt\u00e9e, parfois dans des po\u00e8mes plus discrets. Nous veillerons \u00e0 ne pas n\u00e9gliger certains po\u00e8mes d\u2019apparence plus banale ou de forme plus traditionnelle et resterons attentifs \u00e0 ce que le moins bruyant n\u2019est pas toujours le moins violent, \u00e0 ce qu\u2019une m\u00e9taphore peut dire une r\u00e9alit\u00e9 crue camoufl\u00e9e par l\u2019esth\u00e9tique.<\/p>\n<p>Malheureusement, le mot \u00ab\u00a0faiseur\u00a0\u00bb est p\u00e9joratif en langue fran\u00e7aise\u00a0: il traduirait pourtant, \u00e0 la lettre, l\u2019\u00e9tymologie grecque du mot po\u00e8te qui renvoie aux sens de fabricant, artisan, auteur, cr\u00e9ateur. Nous attendons d\u2019un po\u00e8te qu\u2019il nous fasse r\u00eaver, rire, pleurer, aimer, songer, qu\u2019il nous surprenne par sa fa\u00e7on nouvelle de dire, qu\u2019il partage et nous montre autrement ce que nous croyions conna\u00eetre d\u2019une r\u00e9alit\u00e9. Nous attendons qu\u2019il nous dise des mondes possibles, qu\u2019il nous \u00e9meuve de diverses fa\u00e7ons, et nous sommes pr\u00eats \u00e0 \u00e9prouver une pluralit\u00e9 d\u2019\u00e9motions, \u00e9tant d\u2019accord avec lui que ce ne sera qu\u2019une fiction qui nous laissera libres d\u2019y croire ou non. Il serait absurde, pr\u00e9tendant lire et \u00e9couter des po\u00e9sies, regarder des calligrammes, de refuser de se laisser guider un tant soit peu par le po\u00e8te. Val\u00e9ry et Apollinaire configurent l\u2019un et l\u2019autre diff\u00e9remment les itin\u00e9raires d\u2019\u00e9coute de leurs po\u00e8mes. Mais il est n\u00e9cessaire, quel qu\u2019en soit parfois le d\u00e9sagr\u00e9ment, d\u2019accepter d\u2019\u00e9prouver les affects que la lecture g\u00e9n\u00e8re. Les reconna\u00eetre et les nommer est un pr\u00e9alable pour s\u2019en d\u00e9gager par l\u2019analyse. La m\u00e9thode suivie consiste en une certaine passivit\u00e9 dans le travail, ce qui n\u2019exige jamais d\u2019abandonner la raison, quoiqu\u2019en pensent les positivistes adeptes d\u2019Auguste Comte et d\u2019une pr\u00e9tendue raison virile.<\/p>\n<p>Les po\u00e9sies publi\u00e9es en temps de guerre subissent une censure \u00e0 consid\u00e9rer comme un des agents participant du processus m\u00eame d\u2019\u00e9criture. Cette fonction de la censure, collective et individuelle, participe de la difficult\u00e9 du travail d\u2019\u00e9lucidation de ce qui est figur\u00e9. Le po\u00e8te a-t-il pu s\u2019en d\u00e9gager par la ruse\u00a0? L\u2019intelligence du po\u00e8me t\u00e9moigne de la puissance du conflit int\u00e9rieur que le po\u00e8te aura pu surmonter par son invention. Si nous pr\u00e9tendons lire et entendre ces po\u00e9sies, la responsabilit\u00e9 nous revient d\u2019assumer de les penser, quoiqu\u2019elles disent\u00a0: nous resterons libres de nos mouvements apr\u00e8s avoir quitt\u00e9 leurs pages.<\/p>\n<p>Nous proposons une lecture au st\u00e9thoscope, \u00e0 la loupe et inform\u00e9e par les enseignements de la psychanalyse, de quelques po\u00e9sies contemporaines de la Premi\u00e8re Guerre mondiale. Nous en attendons une connaissance plus pr\u00e9cise des positions psychiques prises par deux po\u00e8tes\u00a0: Val\u00e9ry qui est rest\u00e9 \u00e0 l\u2019arri\u00e8re tout en continuant \u00e0 travailler pour assurer ses revenus, ce qui sera pris en compte\u00a0; Apollinaire qui a pay\u00e9 de sa vie son engagement volontaire dans l\u2019Arm\u00e9e fran\u00e7aise, encore que la grippe soit dite par certains cause unique de sa mort.<\/p>\n<p>Quelque chose a pu basculer avec la Premi\u00e8re Guerre mondiale. Sa dur\u00e9e, son intensit\u00e9, son organisation totalisante entre arm\u00e9es de conscrits et l\u2019exploitation de la force de travail des hommes et des femmes \u00e0 des fins de production d\u2019armement \u00e0 l\u2019arri\u00e8re, les meurtres commis en masse ont boulevers\u00e9 irr\u00e9versiblement la vie quotidienne. Les techniques des t\u00e9l\u00e9communications d\u2019alors ont rendu impossible d\u2019\u00e9chapper \u00e0 l\u2019univers langagier de guerre, m\u00eame pour ceux vivant \u00e0 l\u2019arri\u00e8re\u00a0: le t\u00e9l\u00e9phone, la t\u00e9l\u00e9graphie sans fil, la radio, mais aussi l\u2019acheminement ferroviaire du courrier. Comment continuer d\u2019\u00eatre po\u00e8te en temps de guerre, ou le devenir\u00a0?\u00a0 Val\u00e9ry et Apollinaire on-ils pu \u00e9chapper \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 de ces temps\u00a0de guerre totale et durable\u00a0? Ont-ils ouvert sur des univers possibles\u00a0? Que pouvait signifier \u00ab\u00a0attendre la fin de la guerre\u00a0\u00bb en 1916\u00a0?<\/p>\n<p>Dans <em>La Grande Guerre inconnue<\/em>, Fran\u00e7ois Roux rel\u00e8ve le r\u00e9gime de conviction qui anime Joffre le jour m\u00eame de la d\u00e9claration de guerre. Joffre est convaincu de gagner la guerre <em>en deux semaines<\/em>\u00a0! Sur le mode de \u00ab\u00a0l\u2019offensive \u00e0 outrance\u00a0\u00bb d\u2019apr\u00e8s la th\u00e9orie du colonel de Grandmaison, et malgr\u00e9 une artillerie lourde tr\u00e8s insuffisante\u2026 (Roux F., <em>La Grande Guerre inconnue<\/em>, sous-titre <em>Les poilus contre l\u2019arm\u00e9e fran\u00e7aise<\/em>, Paris, Les \u00c9ditions de Paris, 2006, p. 69).<\/p>\n<p>La conviction est telle que la n\u00e9cessit\u00e9 de fabriquer des casques est pass\u00e9e outre\u00a0! Les fantassins affrontent en k\u00e9pi et pantalon rouge garance les tirs des mitrailleuses\u2026 Bernard Phan indique\u00a0: \u00ab\u00a015 avril 1915. Un officier de l\u2019intendance, Louis Adrian, propose au commandement fran\u00e7ais un mod\u00e8le de casque pour assurer la protection des combattants. D\u00e8s l\u2019\u00e9t\u00e9 [1915, donc apr\u00e8s un an de guerre], il est produit en grande quantit\u00e9 et finit par symboliser la Grande Guerre. Il sera d\u2019ailleurs repris par la statuaire de multiples monuments aux morts. En 1914, certains officiers avaient justifi\u00e9 l\u2019absence de protection sp\u00e9ciale des combattants \u00e0 la t\u00eate en affirmant que les blessures \u00e0 la t\u00eate \u00e9taient les moins graves. Cet intendant g\u00e9n\u00e9ral contribue \u00e0 la mise au point d\u2019autres \u00e9quipements pour les combattants dans les tranch\u00e9es.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>(Phan B., 2010, <em>Chronologie de la Premi\u00e8re Guerre mondiale<\/em>, Paris, \u00e9ditions Points, p. 66.)<\/p>\n<p>L\u2019<em>offensive<\/em> <em>\u00e0 outrance<\/em> est un corr\u00e9lat de <em>Grande Guerre<\/em>. Le mot <em>outrance<\/em> dit l\u2019exc\u00e8s narcissique et le rejet de la r\u00e9alit\u00e9\u00a0: une \u00ab\u00a0strat\u00e9gie\u00a0\u00bb r\u00e9duite au mot d\u2019ordre du chef, g\u00e9n\u00e9r\u00e9e par son fantasme de toute-puissance, que les soldats agissent pour assurer la victoire. Les g\u00e9n\u00e9raux Gallieni, Foch, Joffre, Nivelle, Mangin provoqu\u00e8rent par ce rejet de la r\u00e9alit\u00e9 hors de leur vie psychique la mort de centaines de milliers de soldats des arm\u00e9es qu\u2019ils dirigeaient. Nous n\u2019oublions bien s\u00fbr pas les dits ennemis, morts sous les tirs fran\u00e7ais. Nous consid\u00e9rons ici les responsabilit\u00e9s internes, du point de vue de l\u2019efficience attendue d\u2019une arm\u00e9e en \u00ab\u00a0culture (de guerre) occidentale\u00a0\u00bb. Aux antipodes, le <em>Tao te king<\/em> dit que le g\u00e9n\u00e9ral vainqueur\u00a0 \u00ab\u00a0[\u2026] ne trouve pas de gloire dans la victoire [\/] Car s\u2019en glorifier reviendrait \u00e0 glorifier un crime\u00a0\u00bb La r\u00e9alit\u00e9 du meurtre est reconnue.<\/p>\n<p>(<em>Cf<\/em>. Lao Tseu, <em>Tao te king<\/em>, trad. Ma Kou, Paris, Albin Michel, 1984, le\u00e7on 31.)<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Fin 1914, apr\u00e8s cinq mois de guerre, l\u2019opinion et m\u00eame le gouvernement ignorent compl\u00e8tement l\u2019\u00e9tendue des pertes, soigneusement dissimul\u00e9es par le haut-commandement\u00a0: 301\u00a0000 morts et 600\u00a0000 bless\u00e9s.\u00a0\u00bb<\/p>\n<p>(Roux F., <em>op. cit.<\/em>, p. 70. Roux cite notamment Abel Ferry, sous-secr\u00e9taire d\u2019\u00c9tat aux Affaires \u00e9trang\u00e8res, relativement au secret impos\u00e9 par le Grand Quartier G\u00e9n\u00e9ral sur la r\u00e9alit\u00e9 des pertes, cach\u00e9es au gouvernement\u00a0: Ferry A., <em>Les Carnets secrets d\u2019Abel Ferry, Paris, Grasset, 1957).<\/em><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>L&rsquo;article \u00e0 suivre vient en compl\u00e9ment d&rsquo;une conf\u00e9rence prononc\u00e9e le jeudi 14 d\u00e9cembre 2017 \u00e0 l&rsquo;Universit\u00e9 de Bretagne Sud \u00e0 Lorient. Lever la censure sur nos pratiques de lectures peut fournir plusieurs b\u00e9n\u00e9fices\u00a0: entendre ce que des po\u00e8tes ont figur\u00e9 &hellip; <a href=\"http:\/\/psychologuebrest.fr\/blog\/la-jeune-parque-de-paul-valery-calligrammes-de-guillaume-apollinaire-que-nous-disent-ces-deux-oeuvres-de-la-grande-guerre\/\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[1,75],"tags":[17,11,12],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/psychologuebrest.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/323"}],"collection":[{"href":"http:\/\/psychologuebrest.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/psychologuebrest.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/psychologuebrest.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/psychologuebrest.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=323"}],"version-history":[{"count":5,"href":"http:\/\/psychologuebrest.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/323\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":331,"href":"http:\/\/psychologuebrest.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/323\/revisions\/331"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/psychologuebrest.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=323"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/psychologuebrest.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=323"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/psychologuebrest.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=323"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}