{"id":28,"date":"2014-12-18T01:20:29","date_gmt":"2014-12-18T00:20:29","guid":{"rendered":"http:\/\/psychologuebrest.fr\/blog\/?p=28"},"modified":"2016-11-12T03:24:52","modified_gmt":"2016-11-12T02:24:52","slug":"la-grande-guerre-de-magritte-deux-tableaux-et-un-seul-titre","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/psychologuebrest.fr\/blog\/la-grande-guerre-de-magritte-deux-tableaux-et-un-seul-titre\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0La Grande Guerre\u00a0\u00bb de Magritte : deux tableaux et un seul titre&#8230;"},"content":{"rendered":"<p>Le tableau de Magritte<i> <\/i>est c\u00e9l\u00e8bre : un homme en costume noir, cravate rouge et chapeau melon noir, nous fait face. Sa face (son visage) est enti\u00e8rement masqu\u00e9e par une pomme verte. Le titre n&rsquo;est pas toujours connu : <i>La Grande Guerre<\/i>. Le tableau est dat\u00e9 de 1964, pr\u00e9cis\u00e9ment cinquante ans apr\u00e8s le d\u00e9clenchement de la Premi\u00e8re Guerre mondiale. Un autre tableau porte le m\u00eame titre et est dat\u00e9 de la m\u00eame ann\u00e9e, ce qui est moins connu. Cet autre tableau <i>La Grande Guerre<\/i> repr\u00e9sente une femme toute de blanc v\u00eatue, avec ombrelle, chapeau \u00e0 plumes et gants, tous accessoires blancs, le sac \u00e0 main pendant au bras gauche \u00e9tant ornement\u00e9 de gris. Un bouquet de violettes, cette fois-ci, nous masque le visage de la femme. Nous avons entrepris la publication de cet article suite au constat qu&rsquo;aucun critique d&rsquo;art n&rsquo;a \u00e9lucid\u00e9 le myst\u00e8re de ces tableaux et de leur titre : \u00e0 notre connaissance, mais nous n&rsquo;avons pas \u00e9tabli une revue compl\u00e8te de la question.<\/p>\n<p>L&rsquo;ann\u00e9e de leur cr\u00e9ation (1964) sonne comme un anniversaire sombre du d\u00e9clenchement de la dite Grande Guerre, seulement dix ans apr\u00e8s la fin de la Seconde&#8230;<\/p>\n<p>Le tableau repr\u00e9sentant la femme, le moins connu, est pourtant le plus ais\u00e9 \u00e0 interpr\u00e9ter quant au titre. Quand un soldat mourait au front, promis ou mari\u00e9 \u00e0 une femme, elle se retrouvait, selon qu&rsquo;ils \u00e9taient fianc\u00e9s ou mari\u00e9s : <i>veuve blanche <\/i>(la robe de mari\u00e9e n&rsquo;avait pas eu le temps d&rsquo;\u00eatre \u00e9trenn\u00e9e) ou <i>veuve noire <\/i>(la femme \u00e9tait effectivement veuve, et pouvait porter le deuil selon l&rsquo;usage). Ce tableau pourrait s&rsquo;intituler aussi bien <i>La veuve blanche<\/i> : le bouquet de violette en amplifie les r\u00e9sonances affectives. Symbole d&rsquo;innocence, voire de virginit\u00e9, en tout cas de timidit\u00e9 \u00e0 dire son amour, la fleur repr\u00e9sente ais\u00e9ment l&rsquo;amour non consomm\u00e9. Mais le bouquet masque le visage. L&rsquo;expression des sentiments, ici du deuil, est finalement censur\u00e9e \u2013 sauf, peut-\u00eatre, un langage convenu, celui des fleurs, n&rsquo;exprimant rien de singulier. Nous ne savons rien de cette femme, ni de l&rsquo;homme \u00e0 qui elle destinait sa tenue blanche. Le nom m\u00eame des fleurs (des violettes, en bouquet, prenant la place de tout le visage) indique par association un \u00e9l\u00e9ment encore plus pr\u00e9cis : la violence. Cet autre tableau de Magritte est \u00e9galement connu (<i>Le Viol, <\/i>1934), dans lequel un corps nu de femme (sans son visage, ni ses jambes) est entour\u00e9 d&rsquo;une chevelure et figure finalement comme un visage. Qui pourrait d\u00e9nier que la violence de la guerre (violence faite aux femmes et aux hommes, par les hommes) est d\u00e9nonc\u00e9e dans ce bouquet de violettes qui semble comme jet\u00e9 (puisque son homme est mort) \u00e0 la figure de la femme promise, condamn\u00e9e \u00e0 rester en robe de mari\u00e9e blanche, seule sur une <i>jet\u00e9e<\/i>, le long de la mer?<\/p>\n<p>Qu&rsquo;en est-il de l&rsquo;homme au chapeau melon et avec une pomme barrant la possibilit\u00e9 de voir son visage? Rappelons-nous d&rsquo;abord comment Magritte choisissait ses titres. Il pr\u00e9sentait ses <span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\">\u0153<\/span>uvres, en cours ou achev\u00e9es, \u00e0 un cercle restreint d&rsquo;amis, lesquels proposaient divers titres, le plus souvent sans rapport apparent avec le contenu pictural. Magritte escomptait pr\u00e9cis\u00e9ment un travail particulier du spectateur dans la surprise qu&rsquo;occasionnerait la rencontre du spectateur avec l&rsquo;<span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\">\u0153<\/span><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\">uvre et son titre.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\">Nous n&rsquo;oublierons pas qu&rsquo;un collectif de quelques personnes (une intelligence collective, quelques-uns) participaient au choix du titre. Il se trouve qu&rsquo;un des \u00e9l\u00e9ments-clefs de ce tableau (une forme crypt\u00e9e d&rsquo;obus) nous est apparu pr\u00e9cis\u00e9ment dans une s\u00e9quence de travail avec quelques personnes en face du tableau via un \u00e9cran d&rsquo;ordinateur. Pr\u00eatons-nous au jeu, puis cherchons ensuite dans d&rsquo;autres tableaux du peintre les liens associatifs possibles.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"> Bien s\u00fbr, en lien avec la guerre vient vite la pomme de discorde. Celle qu&rsquo;Eris (\u00ab\u00a0Discorde\u00a0\u00bb, en grec) jeta au milieu du repas de noces de Th\u00e9tis et P\u00e9l\u00e9e, les futurs parents d&rsquo;Achille, le h\u00e9ros de la guerre de Troie, <\/span><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"><i>Grande Guerre<\/i><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"> s&rsquo;il en fut, au moins en litt\u00e9rature. Eris jeta la pomme et proclama l&rsquo;offrir \u00e0 la plus belle des d\u00e9esses. On sait la suite&#8230; Le berger troyen P\u00e2ris l&rsquo;offre \u00e0 Aphrodite, qui lui a promis en \u00e9change de pouvoir conna\u00eetre H\u00e9l\u00e8ne&#8230; et la guerre suivit. Mais revenons au tableau. Cette pomme n&rsquo;\u00e9voque en rien la discorde (sinon qu&rsquo;elle est verte, peut-\u00eatre&#8230;). Il semble trop t\u00f4t pour l&rsquo;interpr\u00e9ter ainsi. Des quatre petites feuilles qui l&rsquo;accompagnent, les deux plus basses pourraient presque symboliser les yeux. La pomme et ses feuilles deviendraient un masque, \u00e0 proprement parler un <\/span><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"><i>loup<\/i><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\">. L&rsquo;homme est un loup pour l&rsquo;homme&#8230; Certes, la pomme est un indice, mais qui, comme le bouquet de violettes, censure par ailleurs les expressions d&rsquo;affects de l&rsquo;homme. Quelque chose nous dit que cette pomme ne nous emp\u00eache pas de voir seulement le visage de l&rsquo;homme, elle nous emp\u00eache \u00e9galement de voir autre chose, qui est dans le tableau. Il est temps, comme quand l&rsquo;interpr\u00e9tation d&rsquo;un r\u00eave rencontre un obstacle, de d\u00e9tourner l&rsquo;attention du tableau et de penser \u00e0 autre chose&#8230; bien s\u00fbr en lien avec lui.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"> Les critiques d&rsquo;art ont fr\u00e9quemment rep\u00e9r\u00e9 la multiplicit\u00e9 des motifs de l&rsquo;homme en tenue noire et chapeau (le plus souvent melon) chez Magritte : comme un symbole du bourgeois standard europ\u00e9en, l&rsquo;homme banal, ( <\/span><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"><i>cf. L&rsquo;homme sans qualit\u00e9<\/i><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"> de Musil, <\/span><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"><i>Der Mann ohne Eigenschaften<\/i><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\">). Les tableaux de Magritte reprenant ce motif abondent : il serait ici trop long de les lister, mais s\u00fbrement riche d&rsquo;enseignements d&rsquo;en d\u00e9rouler les nombreux fils associatifs.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"> Une lithographie en couleurs \u00e0 caract\u00e8re publicitaire datant de 1918 (!) les pr\u00e9figure manifestement, avec pr\u00e9nom et nom de l&rsquo;artiste, Ren\u00e9 Magritte, sur l&rsquo;affiche. C&rsquo;est un enfant vu de trois quarts tenant \u00e0 main gauche une tasse de \u00ab\u00a0pot au feu Derbaix\u00a0\u00bb et mimant de sa main droite un salut militaire. L&rsquo;enfant porte un chapeau noir \u00e0 ruban : comme un chapeau melon, mais mou&#8230; Et le slogan, commen\u00e7ant en haut de l&rsquo;affiche et finissant en bas, \u00e9nonce, tout en majuscules : \u00ab\u00a0POUR DEVENIR UN FORT SOLDAT&#8230; JE BOIS LE POT AU FEU DERBAIX\u00a0\u00bb. La propagande commerciale d\u00e9tourne la propagande militaire, et est sign\u00e9e Ren\u00e9 Magritte. L&rsquo;enfant est \u00e0 visage d\u00e9couvert. Consid\u00e9rer les deux tableaux intitul\u00e9s <\/span><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"><i>La Grande Guerre <\/i><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\">(la \u00ab\u00a0veuve blanche \u00e0 face de violettes\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0l&rsquo;homme au chapeau melon \u00e0 face de pomme\u00a0\u00bb, tous deux de 1964) en regard de cette affiche (\u00ab\u00a0l&rsquo;enfant au futur de soldat promouvant le pot au feu Derbaix\u00a0\u00bb, de 1918) forcent le constat d&rsquo;une filiation des <\/span><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\">\u0153<\/span><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\">uvres : de l&rsquo;enfant soldat en 1918 vers le bourgeois au chapeau melon (soldat anonyme ?) et sa veuve blanche de 1964.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"> Remarquons que le \u00ab\u00a0feu\u00a0\u00bb connote la guerre, que le \u00ab\u00a0pot au feu\u00a0\u00bb se consomme (comme la pomme), enfin que le d\u00e9hanchement de l&rsquo;enfant dans l&rsquo;\u00e9quilibre d\u00e9licat entre la tenue de la tasse d&rsquo;une main et le salut de l&rsquo;autre f\u00e9minise l\u00e9g\u00e8rement la silhouette (\u00e0 l&rsquo;inverse de la raideur de l&rsquo;homme, mais allant vers la pr\u00e9sentation en trois-quarts de la femme). Le ruban sur le chapeau mou de l&rsquo;enfant pr\u00e9figure la cravate de l&rsquo;homme. Surtout, les <\/span><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"><i>couleurs <\/i><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\">de l&rsquo;affiche commerciale, exclusivement dans les ocres et noirs, annoncent les deux seules couleurs du costume et du chapeau (noirs) et de la cravate de l&rsquo;homme (rouge), la chemise \u00e9tant cependant blanche.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"> Dans cette perspective, les deux tableaux intitul\u00e9s <\/span><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"><i>La Grande Guerre<\/i><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"> pourraient \u00eatre interpr\u00e9t\u00e9s, pr\u00e8s de cinquante ans apr\u00e8s l&rsquo;affiche commerciale vantant l&rsquo;avenir guerrier de l&rsquo;enfant et exactement cinquante ans apr\u00e8s le d\u00e9clenchement de la Grande Guerre, comme des remords tardifs, douloureux &#8230; et insistants : au point que Magritte commit ces deux <\/span><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\">\u0153<\/span><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\">uvres repr\u00e9sentant, l&rsquo;une masculine, l&rsquo;autre f\u00e9minine, toutes deux sans visage, <\/span><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"><i>La Grande Guerre<\/i><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\">.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"> Si nous avons rendu justice, semble-t-il, de ce qu&rsquo;il y avait bien quelque chose d&rsquo;une guerre cach\u00e9e dans ce tableau (celui de l&rsquo;homme, avec son pass\u00e9 d&rsquo;enfant \u00e0 qui l&rsquo;on enjoint de devenir \u00ab\u00a0un fort soldat\u00a0\u00bb), nous gardons un sentiment d&rsquo;incertitude : la pomme nous cache-t-elle seulement le visage (celui d&rsquo;un soldat inconnu, par exemple)? Ou nous emp\u00eache-t-elle \u00e9galement de voir quelque chose qui est pourtant visible? Nous savons la d\u00e9nonciation par Magritte de la confusion des mots et des images : <\/span><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"><i>Ceci n&rsquo;est pas une pipe<\/i><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"> et <\/span><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"><i>Ceci n&rsquo;est pas une pomme <\/i><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\">(mais c&rsquo;est la repr\u00e9sentation picturale d&rsquo;une pipe, d&rsquo;une pomme, les deux tableaux existent). La pomme de <\/span><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"><i>La Grande Guerre <\/i><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\">bifurque notre regard d&rsquo;autre chose&#8230;<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"> Un tableau et sa gouache sur carton pr\u00e9paratoire, tous deux de 1953 et intitul\u00e9s <\/span><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"><i>Golconde, <\/i><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\">accr\u00e9ditent fortement les associations suivantes : la multitude humaine, la ruine (Golconde fut une ville indienne, riche en mine de diamants, aujourd&rsquo;hui en ruines du fait des guerres et de l&rsquo;avidit\u00e9 humaine&#8230;), voire la mort en masse, le paysage d\u00e9sol\u00e9. Les tenues vestimentaires des hommes du tableau sont toutes uniformes : manteau long, chapeau melon, toujours noirs. Les tenues de la gouache pr\u00e9paratoire sont plus vari\u00e9es : certaines tenues, floues, pourraient \u00e9voquer des marins ou des ouvriers. Surtout, la raideur \u00e9voque la mort, ou au moins le garde \u00e0 vous militaire. Ces hommes semblent tomber&#8230; comme des pommes : une autre association li\u00e9e \u00e0 la pomme, la th\u00e9orie de la gravitation de Newton! Sauf que tomber (au champ d&rsquo;honneur), c&rsquo;est mourir.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"> Etudions ce qui distingue <\/span><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"><i>La Grande Guerre <\/i><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\">(l&rsquo;homme \u00e0 la pomme) de <\/span><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"><i>La Grande Guerre <\/i><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\">(la femme au bouquet de violettes) : la femme <\/span><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"><i>semble vivante<\/i><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\">, elle tient son ombrelle des deux mains ; l&rsquo;homme <\/span><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"><i>pourrait \u00eatre mort<\/i><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\">, comme un gisant debout, un simple buste sur une chemin\u00e9e. Un autre tableau, intitul\u00e9 <\/span><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"><i>Le Fils de l&rsquo;homme<\/i><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\">, \u00e9galement de 1964, se distingue des d\u00e9tails suivant de <\/span><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"><i>La Grande Guerre<\/i><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"> (\u00ab\u00a0l&rsquo;homme \u00e0 la pomme\u00a0\u00bb) : dans <\/span><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"><i>Le Fils de l&rsquo;homme<\/i><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"> se voient les mains (ferm\u00e9es sur elles-m\u00eames), et surtout les yeux (ouverts, chacun \u00e0 moiti\u00e9 cach\u00e9 par le bord de la pomme). L&rsquo;homme est vivant, regarde derri\u00e8re une pomme, laquelle ne cache pas compl\u00e8tement son regard. Notre focalisation sur le fruit en est bien moindre. L&rsquo;homme est devant un parapet, derri\u00e8re lequel se devine une mer bleut\u00e9e \u00e0 perte de vue, et un ciel mena\u00e7ant. Par contraste, le tableau <\/span><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"><i>La Grande Guerre<\/i><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"> insiste sur la pomme, la chute verticale (pas de r\u00e9demption par le \u00ab\u00a0fils de l&rsquo;homme\u00a0\u00bb, probablement un titre ironique de Magritte), les yeux cach\u00e9s.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"> Il y a divers moyens de \u00ab\u00a0voir\u00a0\u00bb ce qui pr\u00e9tend ici \u00eatre indiqu\u00e9. Le spectateur peut faire tourner l&rsquo;image de <\/span><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"><i>La Grande Guerre<\/i><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"> de 90\u00b0 \u00e0 droite ou \u00e0 gauche, voire de 180\u00b0 (la retourner compl\u00e8tement). Il peut aussi prendre conscience que s&rsquo;oppose \u00e0 la masse sombre du costume l&rsquo;ensemble suivant : chemise blanche, cravate rouge, pourtours du visage couleur chair et chapeau melon. Puis, de cette silhouette (chapeau, pourtours du visage et \u00e9chancrure dessin\u00e9e par le rebord du veston noir) d\u00e9gager une forme d&rsquo;obus, dont les rebords du chapeau dessineraient les ailettes&#8230; Cet obus tombe droit vers le bas du tableau, ce que la pomme nous masque (nous focalisons sur elle) et nous rappelle (en toute rigueur, comme nous le rappelle l&rsquo;association d&rsquo;id\u00e9e avec Newton, elle tombe!). Si la pomme tombe, l&rsquo;homme aussi. C&rsquo;est un homme-obus, un homme-canon, comme il s&rsquo;en exhiba tant dans les foires et spectacles forains.<\/span><\/p>\n<p><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"> Cet essai d&rsquo;interpr\u00e9tation de deux tableaux de Magritte portant m\u00eame titre et m\u00eame date de composition (<\/span><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\"><i>La Grande Guerre<\/i><\/span><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\">, 1964) vise \u00e0 consid\u00e9rer l&rsquo;ampleur de la censure que nous subissons depuis cent ans (les effets de la guerre sur la population durant des g\u00e9n\u00e9rations), ou depuis cinquante ans (les d\u00e9nonciations, conscientes ou inconscientes, de la guerre par Magritte dans ces deux tableaux). Les critiques d&rsquo;art (sauf ignorance de ma part, et je serai alors heureux d&rsquo;\u00eatre contredit) continuent de s&rsquo;en tenir aux d\u00e9n\u00e9gations pleines d&rsquo;humour et de malice de Magritte relativement aux titres de ses tableaux. Mais que ces titres eussent \u00e9t\u00e9 choisis par ses proches n&#8217;emp\u00eache qu&rsquo;ils aient pu eux-m\u00eames, consciemment ou inconsciemment, lire \u00e0 c<\/span><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\">\u0153<\/span><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\">ur ouvert dans les tableaux du ma\u00eetre, et trouver les titres les plus propres \u00e0 nous pousser \u00e0 les m\u00e9diter longuement.<\/span><\/p>\n<p align=\"RIGHT\"><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\">Yves-Marie Bouillon<\/span><\/p>\n<p align=\"RIGHT\"><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\">18 d\u00e9cembre 2014, Brest.<\/span><\/p>\n<p align=\"RIGHT\"><span style=\"font-family: Times New Roman, serif;\">\u00a9 Y-M Bouillon, 2014.<\/span><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le tableau de Magritte est c\u00e9l\u00e8bre : un homme en costume noir, cravate rouge et chapeau melon noir, nous fait face. Sa face (son visage) est enti\u00e8rement masqu\u00e9e par une pomme verte. Le titre n&rsquo;est pas toujours connu : La &hellip; <a href=\"http:\/\/psychologuebrest.fr\/blog\/la-grande-guerre-de-magritte-deux-tableaux-et-un-seul-titre\/\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[71],"tags":[11,12,10,13],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/psychologuebrest.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/28"}],"collection":[{"href":"http:\/\/psychologuebrest.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/psychologuebrest.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/psychologuebrest.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/psychologuebrest.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=28"}],"version-history":[{"count":5,"href":"http:\/\/psychologuebrest.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/28\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":221,"href":"http:\/\/psychologuebrest.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/28\/revisions\/221"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/psychologuebrest.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=28"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/psychologuebrest.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=28"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/psychologuebrest.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=28"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}