{"id":223,"date":"2016-11-20T23:56:16","date_gmt":"2016-11-20T22:56:16","guid":{"rendered":"http:\/\/psychologuebrest.fr\/blog\/?p=223"},"modified":"2016-11-20T23:56:16","modified_gmt":"2016-11-20T22:56:16","slug":"les-metamorphoses-dovide-7-un-texte-insaisissable-2","status":"publish","type":"post","link":"http:\/\/psychologuebrest.fr\/blog\/les-metamorphoses-dovide-7-un-texte-insaisissable-2\/","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Les M\u00e9tamorphoses\u00a0\u00bb d&rsquo;Ovide (7) : un texte insaisissable&#8230;"},"content":{"rendered":"<p>Lorsque nous avons commenc\u00e9 d&rsquo;\u00e9crire ces articles au sujet des <em>M\u00e9tamorphoses, <\/em>nous avons plusieurs fois \u00e9t\u00e9 mis en arr\u00eat. L&rsquo;impression globale, de perplexit\u00e9, pourrait s&rsquo;\u00e9noncer ainsi : \u00ab\u00a0je ne sais par quel bout commencer\u00a0\u00bb&#8230; Pour \u00eatre plus pr\u00e9cis quant aux pens\u00e9es pr\u00e9-conscientes\/conscientes qui nous travers\u00e8rent, il est honn\u00eate de dire : \u00ab\u00a0Je ne sais o\u00f9 entrer dans ce texte\u00a0\u00bb, \u00e9galement \u00ab\u00a0je ne sais par quel bout prendre ce texte\u00a0\u00bb&#8230;<\/p>\n<p>Nous l\u00fbmes ce texte dans une traduction en fran\u00e7ais et en prose quand le texte original latin est en vers. La forme versifi\u00e9e, l&rsquo;hexam\u00e8tre dactylique, est probablement d&rsquo;un secours consistant pour un lecteur latiniste lors de la travers\u00e9e des <em>M\u00e9tamorphoses.<\/em> En les lisant dans une traduction, nous perdons \u00e0 l&rsquo;\u00e9vidence en qualit\u00e9 po\u00e9tique ce que ce texte doit g\u00e9n\u00e9rer dans sa langue originale : ce qui reste, malgr\u00e9 le passage des si\u00e8cles, de son \u00e9nonciation premi\u00e8re, du chant du po\u00e8te. Nous perdons en plaisir ce que le rythme et la musicalit\u00e9 offrent de vari\u00e9t\u00e9 et de souplesse. Nous perdons en confort ce que la stabilit\u00e9, offerte par une versification r\u00e9guli\u00e8re, permet de soutenir sur le long terme : les affects g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par les po\u00e9sies m\u00eames, les <em>m\u00e9tamorphoses <\/em>des pens\u00e9es, affectives et rationnelles, du po\u00e8te.<em><br \/>\n<\/em><\/p>\n<p>Les <em>M\u00e9tamorphoses <\/em>g\u00e9n\u00e8rent des affects puissants, assur\u00e9ment ceux \u00e9prouv\u00e9s par le po\u00e8te lors de leur \u00e9criture, affects relatifs, entre autres, aux pulsions d&#8217;emprise, de p\u00e9n\u00e9tration et d&rsquo;agrippement, que l&rsquo;on peut subsumer sous le terme de pulsions de pr\u00e9dation. Ces pulsions sont mises en sc\u00e8ne tout au long du po\u00e8me : emprise, p\u00e9n\u00e9tration et agrippement, dont les angoisses corollaires sont, apr\u00e8s bien s\u00fbr celles d&rsquo;abandon, les angoisses de mort, de castration et de p\u00e9n\u00e9tration (que l&rsquo;on peut subsumer sous le terme d&rsquo;angoisses de proie).<\/p>\n<p>\u00ab\u00a0Emprise\u00a0\u00bb et \u00ab\u00a0p\u00e9n\u00e9tration\u00a0\u00bb sont bien s\u00fbr entendues comme des mouvements psychiques, mouvements de la pens\u00e9e : ces deux gestes rendent compte de la compulsion, face \u00e0 un texte si vivant, \u00e0 saisir l&rsquo;oeuvre dans sa globalit\u00e9 et y p\u00e9n\u00e9trer. Ce sont des m\u00e9canismes de d\u00e9fense du lecteur contre l&rsquo;\u00e9tranget\u00e9 de ce texte susceptible de nous alt\u00e9rer : tant il ravive en nous les angoisses d&rsquo;\u00eatre \u00ab\u00a0m\u00e9tamorphos\u00e9\u00a0\u00bb, par identification inconsciente aux protagonistes, hommes et femmes, \u00e9ventuellement en fonctions de proies dans les histoires cont\u00e9es.<\/p>\n<p>A la lecture d&rsquo;un texte o\u00f9 les motifs du co\u00eft et du meurtre abondent, parfois condens\u00e9s dans le motif du viol, nous tentons de rendre compte de ce que l&rsquo;activit\u00e9 de pens\u00e9e peut \u00eatre comme envahie par les modes f\u00e9minins et masculins de repr\u00e9sentation. Les actions\/passions des corps, lors des r\u00e9cits des viols, activent psychiquement les angoisses et fantasmes r\u00e9actionnels correspondants : saisir le sexe\/\u00eatre sais par le sexe ; p\u00e9n\u00e9trer le sexe\/\u00eatre p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 par le sexe. Ces repr\u00e9sentations d&rsquo;actions\/passions sexuelles g\u00e9nitales convoquent psychiquement certaines repr\u00e9sentations du meurtre : saisir le corps dans sa globalit\u00e9 &#8211; pour l&rsquo;\u00e9touffer, le noyer, l&rsquo;\u00e9craser ; blesser le corps en vue de le tuer &#8211; en le castrant, le p\u00e9n\u00e9trant d&rsquo;une arme.<\/p>\n<p>Or, pr\u00e9cis\u00e9ment, les <em>M\u00e9tamorphoses <\/em>d&rsquo;Ovide forment un texte insaisissable, imp\u00e9n\u00e9trable&#8230; tant il se diffuse tous azimuts ! Et \u00ab\u00a0tous azimuts\u00a0\u00bb s&rsquo;entend non seulement au sens figur\u00e9, \u00e9galement \u00e0 la lettre.<\/p>\n<p>Anne Videau rel\u00e8ve que les personnages et les divinit\u00e9s des <em>M\u00e9tamorphoses<\/em> explorent les mers, les terres et le monde souterrain (Ulysse, En\u00e9e), les airs (D\u00e9dale, Icare, Pers\u00e9e, Pha\u00e9ton, ce dernier embrasant l&rsquo;univers en conduisant le char de son p\u00e8re H\u00e9lios). Ils traversent le monde connu de l&rsquo;Empire romain, \u00ab\u00a0de l&rsquo;Espagne \u00e0 la Syrie jusqu&rsquo;aux limites de l&rsquo;Iran, de l&rsquo;Afrique \u00e0 la Mer Noire\u00a0\u00bb, dans une \u00ab\u00a0g\u00e9ographie globalis\u00e9e\u00a0\u00bb rivalisant avec la <em>G\u00e9ographie<\/em> de Strabon, contemporain d&rsquo;Ovide. N&rsquo;oublions pas qu&rsquo;Ovide explore les Enfers et l&rsquo;Olympe (avec Orph\u00e9e pour les premiers, les dieux olympiens pour ce dernier). Anne Videau qualifie les <em>M\u00e9tamorphoses<\/em> non seulement \u00ab\u00a0d&rsquo;\u00e9pop\u00e9e h\u00e9ro\u00efque\u00a0\u00bb, \u00e9galement \u00ab\u00a0d&rsquo;\u00e9pop\u00e9e cosmogonique\u00a0\u00bb. Les Temps sont explor\u00e9s, non uniquement les Espaces. Enfin, les songes (le dieu Esculape apparu en songe aux Romains pour sauver leur ville de la peste), les oracles (Deucalion repeuplant la Terre suite aux conseils de Th\u00e9mis) ouvrent autant d&rsquo;espaces temps psychiques o\u00f9 sont en jeu rien moins que l&rsquo;avenir du monde romain, voire le sort de l&rsquo;humanit\u00e9. (<em>cf.<\/em> la pr\u00e9face d&rsquo;A. Videau, pp. 13-16, Ovide, <em>Les M\u00e9tamorphoses<\/em>, Le Livre de Poche, 2010).<\/p>\n<p>C&rsquo;est l&rsquo;univers et les temps qu&rsquo;Ovide convoque \u00e0 l&rsquo;oreille et au regard, tant ses r\u00e9cits sont imag\u00e9s, d&rsquo;un lecteur \u00e9tourdi. \u00ab\u00a0Saisir\u00a0\u00bb le texte dans sa globalit\u00e9, y \u00ab\u00a0p\u00e9n\u00e9trer\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0l&rsquo;attraper, mais par quel bout ?\u00a0\u00bb sont autant de compulsions qui tentent le lecteur d\u00e9sempar\u00e9. Et le travail psychique, pour se d\u00e9faire de ces compulsions, et donc en supporter les angoisses cons\u00e9cutives aux frustrations \u00e9prouv\u00e9es de n&rsquo;y pouvoir parvenir, ressemble \u00e0 s&rsquo;y m\u00e9prendre, et ce n&rsquo;est bien s\u00fbr qu&rsquo;une image, \u00e0 quelques s\u00e9ances d&rsquo;analyse&#8230;<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Yves-Marie Bouillon, Brest, 2016.<\/p>\n<p style=\"text-align: right;\">Copyright, Bouillon, 2016.<\/p>\n<p>&nbsp;<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Lorsque nous avons commenc\u00e9 d&rsquo;\u00e9crire ces articles au sujet des M\u00e9tamorphoses, nous avons plusieurs fois \u00e9t\u00e9 mis en arr\u00eat. L&rsquo;impression globale, de perplexit\u00e9, pourrait s&rsquo;\u00e9noncer ainsi : \u00ab\u00a0je ne sais par quel bout commencer\u00a0\u00bb&#8230; Pour \u00eatre plus pr\u00e9cis quant aux &hellip; <a href=\"http:\/\/psychologuebrest.fr\/blog\/les-metamorphoses-dovide-7-un-texte-insaisissable-2\/\">Continuer la lecture <span class=\"meta-nav\">&rarr;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":2,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":[],"categories":[74,75,70],"tags":[18,87,7,4],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/psychologuebrest.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/223"}],"collection":[{"href":"http:\/\/psychologuebrest.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"http:\/\/psychologuebrest.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/psychologuebrest.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/users\/2"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"http:\/\/psychologuebrest.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=223"}],"version-history":[{"count":5,"href":"http:\/\/psychologuebrest.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/223\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":228,"href":"http:\/\/psychologuebrest.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/223\/revisions\/228"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/psychologuebrest.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=223"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"http:\/\/psychologuebrest.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=223"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"http:\/\/psychologuebrest.fr\/blog\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=223"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}